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Je n'existe pas. [15e juin. 2011|09:44 pm]
RacReciR
དཔལ་ཀུན་ཏུ་བཟང་པོ་ལ་ཕྱག་འཚལ་ལོ

Je me prosterne devant le bouddha primordial, Kuntuzangpo.

Quel est l'intérêt de prendre refuge avant d'écrire ? Le refuge est, en effet, compris dans l'invocation un peu formelle de cette première ligne.

Il ne s'agit en aucune manière de se plier à un quelconque décorum ou autre bondieuserie.

L'état naturel, objet de tous les enseignements n'est pas un objet religieux. Son expression est l'enseignement. C'est tout simplement dire la vérité. Relative pour commencer. Celle qui concerne le "je". Ma vérité. la vôtre. Le dénominateur commun sur lequel tout le monde s'accorde, de gré ou de force et c'est bien là le problème.

Le "je" que nous chérissons n'existe en effet d'aucune manière. Et pourtant, quel que soit le niveau de compréhension intellectuelle de l'absence d'existence d'un "je", la plupart des phénomènes intérieurs et extérieurs nous poussent à construire une image de "je" à laquelle nous nous identifions bien volontiers par peur.
La peur est insidieuse. Comment, en effet, accepter que ce "moi" si important, nourri de tant d'années d'éducation, de choix de vie, de libre-arbitre, de compétitions avec les "autres" pour se prouver et prouver aux "autres" les valeurs que l'on défend soit vide de toute existence intrinsèque ?
Ce qui fait le moi est un corps. Un amas de sang, de chair, d'os et d'autres matières tout aussi ragoûtantes. Ce corps, est mû par un certains nombre d'automatismes qui en assurent la survie (manger, boire, dormir, se défendre contre les prédateurs , etc.). Chez l'Homme, animal social par excellence, la programmation des automatismes peut être très poussée dans la mesure où elle implique les comportements relevant de tous les champs du social.
Tout ce que je pense, dit, fait, mange a déjà été fait par quelqu'un d'autre. La seule originalité est, d'éventuellement trouver une nouvelle combinaison des briques mises à ma disposition. Ou, dans le meilleur des cas, d'inventer. Cad de partir de composantes de briques déjà connues et de les refondre en une nouvelle brique.
Je m'appuie forcément sur l'éducation que m'ont dispensée mes parents, mes éducateurs, mes cousins et cousines, mes amis de classe, de jeu… j'ai retiré un enseignement (sur la valeur duquel je ne peux me prononcer puisque involontaire) de tous les êtres et objets auxquels j'ai été …disons confronté… à défaut d'un mot moins belliqueux.
Il n'en demeure pas moins que rien de tout cela ne m'appartient en propre. Le tas de chair et d'os peut s'en croire dépositaire pendant la durée de son activité mais, au fond de lui-même, il sait bien que rien de tout cela n'est vraiment personnel. Pas même le choix de ses familiers proches (conjoint, collègue de travail, amis, relations). Tout est conditionné par l'éducation, la réaction à cette éducation, la façon de l'intégrer, la digérer et, in fine, de la restituer de façon que l'on perçoit originale et que l'on revêt des atours du fruit de libre-arbitre.
Nous parlons donc du fils d'une femme stérile !

Le libre-arbitre n'étant qu'une façon polie de dire que l'on prend les décisions en fonction d'éléments irrationnels auxquels nous avons appris à accorder de la valeur par expérience. Il y a toujours un ensemble d'éléments rationnels qui fondent une décision mais il y a toujours aussi un autre ensemble plus intuitif, émotionnel, contextuel ou que sais-je qui fondent partiellement le choix et qui demeurent, dans la majorité des cas, complètement ignorés puisqu'en deçà du seuil de perception.
Sans oublier que notre civilisation moderne est en train de se laisser dévorer par le temps dans la mesure où la plupart des décisions qui doivent y être prises, le sont sur la base d'éléments nouveaux (un mail, un sms, un message, un dossier de dernière minute, une information internationale, etc.) dont il est impossible de déterminer les causes, conditions et conséquences.

Il suffit pour commencer à le réaliser de se rendre compte de l'importance des mots de la langue que l'on manie. Toute l'histoire qu'elle véhicule et dont elle a modelé et structuré les modes de pensée. On ne pense pas de la même manière en français qu'en Ouolof (une langue que je trouve aussi mystérieuse que musicale). Les concepts sont différents, le contexte est différent, les interactions avec la nature et le vivant sont différentes, la musique est différente, le rythme aussi.
Les choses peuvent être "vraies" à tous les niveaux de perception auxquels nous avons accès et néanmoins rester vides de toute existence intrinsèque.
C'est ce point qui est difficile à accepter. Si une croyance, aussi prégnante que le "je", est établie à tous les niveaux de perception et de cognition, alors il devient tentant d'imputer le "je" au support matériel. C'est une vision très scientifique des choses. L'esprit réside dans un corps, il y prend naissance et meurt avec le corps. C'est la vision nihiliste.
L'autre extrême est dans la croyance en un autre monde, un au-delà dont il faudrait que l'on me donnât les caractéristiques afin que je sois convaincu qu'il faille déployer tant d'efforts pour y accéder.
Si c'est un lieu (même métaphysique) et un moment (aussi long soit-il) alors il est composé et sera un jour réduit à sa plus simple expression.
Non, les choses apparaissent en dépendance de causes mais n'ont finalement aucune existence intrinsèque. Rien que l'on puisse saisir en disant "c'est ceci" où "ceci" définirait de façon univoque, universelle et intemporelle l'essence de "ceci".
Il faut en déduire que cette essence est vide. Il n'en demeure pas moins qu'elle est présente.
Quand le vide du sujet rencontre le vide de l'objet et reconnaît l'identité, alors il devient possible de dénouer l'écheveau.
Le nœud gordien est tranché.

Les notions de bien et de mal deviennent relatives. Elles existent et exercent leur loi dans un contexte bien déterminé dont l'observateur est libre in fine. Cet observateur peut, pour des raisons qui lui sont généralement inconnues, allant du désœuvrement le plus total à l'ignorance la plus absolue mêlée à une conviction aussi acharnée d'être dans le vrai, utiliser l'objet (un concept ou tout autre objet plus matériel) pour accomplir une action dont lui ou d'autres seraient les bénéficiaires.
Souvent le bénéficiaire est "je".
La raison en a été explicitée ici. C'est la croyance en l'existence intrinsèque de ce "je" qui me laisse tomber dans l'illusion que "je" est important. Plus que les "autres". "Je" ne vois plus que "je" et les "autres" ne sont qu'imputations provisoires et contextuelles. Ou si l'observateur continue à le voir, il s'efforce à s'identifier aux processus qu'il perçoit. L'"observateur" = "je" et nous sommes livrés aux deux extrêmes que sont le nihilisme ou l'éternalisme.
Forcément, le cadre dans lequel "je" suis enfermé, volontairement, est celui de "mon" corps et celui de "ma" pensée. Celle que "je" matérialise par des mots. Ceux-ci par exemple ! Toute "mon" éducation m'a appris qu'il n'existait rien en dehors de "moi".
L'"univers" que "je" perçois est totalement calculé par "mon" cerveau qui utilise les capteurs de "mon" corps pour obtenir des mesures dont il infère "sa" propre existence. C'est un univers assez étriqué. Il faut donc accepter que l'univers est bien plus grand que le "soi" auquel nous allons accorder tant importance pendant un moment, celui de notre vie.

Dans l'univers, celui sans guillemets, il n'y a pas de temps. Pas d'espace. Pas de lumière, pas de matière, pas de pensée. Tout ceux-là ne sont que des mots et des concepts que nous avons construits depuis des millions d'années et que nous portons pendant notre vie. Encore un autre mot vide, vie.
Il n'en demeure pas moins que cet univers dépourvu de toute matérialité, de tout ce qui permet à un cerveau humain de se le représenter, est la source qui permet à la pensée "éveillée" de naître. L'univers est, dans la mesure où "est" reste un mot, pensée éveillée. C'est l'observateur immobile qui sait, sans avoir à utiliser de mots ou de pensée pour asseoir ce savoir, que son essence est vide mais qu'elle n'en demeure pas moins.
Il faut beaucoup de mots pour le dire cependant. Et ce n'est rien à côté de la difficulté d'être entendu (dans l'acception du 17e siècle).

Puissent tous les "je" réaliser que "je" n'existe d'aucune manière que "je" peux l'imaginer. C'est au-delà de la pensée. Immatériel et intemporel.

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