RacReciR (ricercar07) wrote,
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Vous reprendrez bien de la dinde ?

Encore un billet dont la mise bas aura été plus douloureuse que prévu.
J'écris dans le train qui m'amène à célébrer dans quelques heures le réveillon de Noël, fête parmi les fêtes. Partout dans le monde, au fil des fuseaux horaires qui défileront, chaque famille va se retrouver autour d’une table croulant sous les différentes victuailles offertes à la voracité des convives.
Vous avez donc compris que je vis ces 48 heures et les kilomètres défilant comme un enfer personnel qui, d’année en année, induit en moi des sentiments de révulsion que l’hypocrite social que je suis n’arrive plus à maîtriser.
Bien que n’ayant aucun talent divinatoire, j’ai ainsi une petite idée du menu de la soirée : saumon, foie-gras, plateau de fruits de mer, volaille farcie, fromages et traditionnelle bûche. Agrémentés de vins choisis avec soin par mes hôtes.
Plus d’une centaine de vies seront donc sacrifiées sur l'autel de mon bonheur égoïste : célébrer le souvenir de l’advenue d’une religion qui prône l’amour inconditionnel de son prochain.
...Et c’est ce hiatus qui est la cause de la nausée qui va m’accompagner encore quelques heures.
Amour inconditionnel de son prochain ! Jamais message n’aura été aussi perverti.
« Prochain » est désormais réduit au cercle le plus étriqué de la famille de sang (avec les éventuelles pièces rapportées). Sont donc exclus de cet amour l’ensemble des êtres sensibles de l’univers à l’exception des happy few qui ont l’insigne honneur de partager quelques liens de sang.
Ceci règle ainsi définitivement le compte de ce slogan, vidé de sa substance et placardé comme publicité au bénéfice de tous les marchands de tous les temples du monde.
Il est donc normal, une fois l’acception de l’Amour (majuscule bien entendu) posée en ces termes, que l’on célébrât cette Nativité en faisant passer de vie à trépas quelques centaines d’autres animaux, exclus sans réserve de cette compassion et amours universels, sujets et objets de la fête.
Il est entendu, dans notre si belle société moderne et civilisée, que les animaux non-humains ne sont que des objets de consommation. Le Treblinka perpétuel (comme le dit si bien Mathieu Ricard) que vivent les batteries d’animaux d’élevage est le prix que nous consentons à payer sans vergogne pour ripailler à longueur d’année et redoubler à s’en crever la panse aux grandes occasions.
Aucune question sur les modalités de vie et de mort des ingrédients qui vont composer le menu du réveillon ne doit venir ternir la fête !
Inutile de dire que nous allons pour ces prochaines heures, qui doivent donc dégouliner ad nauseam de bonheur et de félicité sans tâche, oublier totalement le sort réservé à la quasi-totalité des animaux dont ceux de la race homo sapiens sapiens à laquelle nous avons la chance d'appartenir.
La cerise sur le gâteau de l’Evolution !
Pardon, je dois vous quitter. La cerise que je viens d’avaler s’est muée en couleuvre et me reste au travers de la gorge.
Joyeux Noël donc aux syriens, libanais, irakiens, afghans, yéménites, palestiniens, israéliens, libyens, birmans, maliens, congolais et autres africains (J'en oublie. On ne va quand même pas faire le détail, non ?).
Champagne !
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