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Petit Prince - Quaerendo Invenietis [entries|archive|friends|userinfo]
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Petit Prince [16e mai. 2002|01:00 am]
RacReciR
[Humeur |indescribableindescribable]
[Ecoute |Bach - Italian Concerto]

« Il était une fois un petit prince qui habitait une planète à peine plus grande que lui, et qui avait besoin d'un ami... »

C’était l’histoire d’un garçon qui faisait le tour de l’univers pour découvrir la rose qui le forçait à quitter sa planète. Et ce garçon c’était moi.

J’ai passé 38 ans de ma vie, en Petit Prince. Ce moi que j’habitais depuis 38 ans et, qu’en une fin d’après-midi, au hasard d’une rencontre éphémère, j’ai trouvé. Trouvé, pas retrouvé. J’ai soudain fait en quelques instants, ce qu’a fait la rose en quelques lignes : s’épanouir devant son spectateur ébloui.
A la seule différence que j’étais mon seul spectateur. Et, moi, passé en une fraction de seconde, du rôle de Petit Prince, à celui de rose, je me suis épanoui. J’ai lissé mes pétales, me suis préparé et j’ai dit « Bonjour ! » J’ai failli rajouter, « Je suis beau, aimez-moi », mais j’ai vu à mon reflet dans le miroir que la chrysalide avait mis du temps à se transformer en papillon, et le papillon n’était plus de première fraîcheur !
Et le papillon, soudain conscient de son état passé, fut pris d’un vertige devant la distance qui le séparait désormais à tout jamais de cette chenille qu’il avait été.


Comme si je me créais moi-même, soudain, au détour de moi.
« C’est donc », éructe le scientifique, « à 17h45m23s que M. R. a éclos ». Il s’empresse de noter ça dans son cahier des naissances, et puis, courant, s’en va à son prochain rendez-vous... Délaissant R., qu’il voyait naître sous ses yeux, et qu’il savait avoir besoin de lui. De son expérience. De quelqu’un qui lui dise : « calme-toi ,  moi aussi un jour je me suis retrouvé à ta place, moi aussi j’ai été pris d’un vertige panique, moi aussi j’ai pleuré de peur devant ce moi qui se déroulait… Et j’ai trouvé devant moi un visage amical, qui me berce. Puis j’ai grandi ! ».
Le scientifique, donc, tout dévolu à sa Science, et l’ayant réifiée avec Ses instruments, oublia ce pourquoi la science était faite : expliquer les choses. Et, confronté à une situation, où le réel lui apportait une réponse concrète à la question que posait la Science, il préférait chercher ses instruments pour voir si le phénomène qui se présentait à lui, sujet, était digne d’un intérêt scientifique !

C’est donc, que pour eux, ceci est vrai. Il y a un bien et un mal. Alors que ceux qui ont fait un autre choix, il n’est pas question de bien ni de mal. Ces concepts n’existent pas, ils font partie d’un autre mode de structuration mentale, qui est aussi différente que celle d’un dragon et celle d’un humain. Dans le mode de représentation de ces deuxièmes hommes, seul un fonctionnement aléatoire a du sens : tantôt c’est « oui », tantôt c’est « non » (si c’est « bien », c’est tant mieux et si c’est « mal », tant pis ! Mais cette expression ne se pose pas).
Et c’est ainsi, qu’à partir du même homme, selon qu’il ait été engendré par un géniteur « moral » ou  « aléatoire » on définit deux catégories de pensées. Mais, ceci dit pourquoi deux ? selon quelle géométrie ?
La mienne ? Laquelle ? Celle que je connais ou celle que je croyais connaître ? c’est-à-dire, celle que peut-être quelqu’un d’autre m’a suggérée.
Et c’est là que la boucle boucle. Parce que je ne peux plus m’en sortir : je viens de me prouver que, quel que soit le mode d’analyse sur lequel je me base, il y a toujours un biais. Et ce biais, c’est moi. Toutes mes expériences portent sur un seul sujet, moi, et je suis le seul sujet en lequel j’aie totalement et aveuglément confiance, pour me dire ce que moi pense de moi (ou le contraire, je ne sais pas lequel de nous deux écrit !). Comment voulez-vous faire une expérience sérieuse dont le sujet est l’objet (c’est toujours moi, et je ne sais toujours pas qui je suis. Mais je ne sais pas non plus si je suis cet autre, ou si j’en suis un autre qui se moque de vous ! Donc comment voulez-vous comprendre ? Par définition, ce livre, qui m’explique, n’explique que moi. Et il n’explique que ce que je crois de moi, c’est à dire, somme toute, rien. Vous ne pouvez pas croire un seul mot de ce que je dis et pourtant je suis en train de le dire quand même).
J’ai donc décidé, pompeusement, que dans la science qui était mienne, celle que ma géométrie m’autorisait et qui était moi, que cette théorie serait appelée « de l’explication de la méta-évolution, par la dérivation du modèle des fourmis ».

Tout simplement.
Ces fourmis, ces insectes qui se ressemblent en quantités de soi. Chacune de ces fourmis est unique, chacune d’elle croit qu’elle est une fourmi en soi, et pourtant, cet ensemble de fourmis, dont chacune est différente (dans l’acception du soi) fait partie d’une fourmilière qui, elle, pense qu’elle est.
Qu’elle pense.
Donc qu’elle existe !
J'existe.
Amusant, mais je suis sûr que la plupart qui lisent cette phrase ne la comprendront pas. C’est amusant aussi, parce que ceux qui vont rire vont comprendre de quoi, alors que ceux qui ne rirons pas on ne saura jamais si ça ne les faisait pas rire où s’ils ne comprenaient pas !

Et s’il ne nous comprend pas, ça ne sert à rien de continuer à lui parler comme ça. Il faut nous apprendre à parler.
Parce que soudain, je ne sais plus si c’est encore le moi qui voulais le faire il y a quelques secondes, ou si c’est un autre moi. Je suis là. Assis à ma table. En train d’écrire ces mots sur mon ordinateur.
Que je vais sauvegarder (ou, l’ai-je fait déjà ? Je ne m’en souviens pas ou plutôt je ne sais pas si je m’en souviens ou si je ne crois pas ce que je me souviens). Et ceci dans le fichier 20020507moi.doc que je commence par enregistrer sous 20020517moi.doc. Puis, me rendant compte de mon erreur, je me dis que c’était n’importe quoi. Que j’étais en train de mettre dans un fichier dont la typologie était erronée l’essentiel de ce que je risquais de penser être moi.
Que je méritais mieux.
Sachant que si je suis un fichier, alors je ne mérite rien. Je n’existe que virtuellement. N'EST-CE PAS ?
Alors que moi,je suis réel, tu me lis.
Mais comment le sais-je ?
Parce que JE me le dis.
Et qui suis-JE ?
…Modifié nom du fichier en ricercar07 pour indiquer découverte Ricercar à 7 voix le 2 décembre 2492.
Mais moi, je pense que le fichier n’existe pas, parce que ce fichier c’est moi et que moi je suis en train de l’écrire. Et je ne peux pas être aux deux endroits à la fois ! Et pourtant j’y suis.
Je parle de moi dans ce livre. Je ne me connais pas et je parle de moi. Quand il sera terminé, il saura des choses que moi, maintenant je ne sais pas. Comment il se termine par exemple.
Le moi qui écris ne le sait pas, puisque c’est de sa mort qu’il parle.
De ce moment où le moi, même pour moi, il n’existe plus. Je vais mourir, je le sais, je ne suis pas pressé, j’aimerais bien être immortel mais je dis à quoi ça sert ? Que tu vives mille ans ou que tu en vives cent, au moment de mourir c’est toujours le même moment !
Tu as juste mis du temps pour y arriver.
Mais il était là, tu croyais pouvoir t’en éloigner. Il ne bougeait pas comme toi.
Pour le temps, l’âge n’existe pas. C’est le moment calculé de la mort qui compte. Celui où tu passes devant elle.
Comment veux-tu savoir si cet instant qui vient est celui qui t’attend ? C’est peut-être celui d’un autre. PENSER A UNE IDEE QUI CHANGE LE MONDE ET TOUT METTRE EN OEUVRE POUR LA REALISER.
Mais si c’est le tien, alors,puis que tu es mort. Tu n’existes pas. Tu n’as jamais écrit ce livre ! Tu ne sais pas qui tu es. Et d’ailleurs, tu ne connais pas E., qui n’existe pas.
E., c’est le garçon qui est venu chez moi. Il s’appelait E., et il me plaisait. Pas parce que je le trouvais beau. Je me trouvais en lui. Je savais, à partir du moi qui écris ces lignes, que c’est lui qui allait m’éveiller. Donc moi, qui reconnais en lui celui qui m’a vu naître, moi, j’aime cet autre là.
Je ne le découvre pas. Ce n’est pas un autre, c’est un autre moi. C’est moi qu’un autre homme sépare.
On est identique, comme une fourmilière, et la fourmilière pense qu’elle est.
Alors qu’elle n’est qu’un ensemble de fourmis. Mais si elle le pense, alors elle existe !
Et vous, où en êtes-vous ?
Nous savons tous en lisant ces lignes qu’il en fut ainsi. A moins que je ne mente. Mais comme je parle de moi, je ne me mens pas. Je ne peux pas me mentir,
n’est-ce pas ? Ca n’a pas d’intérêt !

Et si nous ne le savons pas, moi je le sais.
C’est à moi qu’il a expliqué comme ça, au détour d’un échange dans lequel il s’était tant donné qu’en lui rendant un peu, on s’était perdu soi-même.
Parce que je ne savais pas que j’étais perdu. Je ne savais pas que j’étais.
Je ne pensais pas.
Et le Petit Prince, découvrit, à 38 ans, qu’il avait exploré un univers entier pour comprendre sa rose et que sa rose, c’était soi.
« c’est le temps que tu as consacré à ta rose, qui rend ta rose si importante pour toi ».
Je serais tenté entre un diagnostic du type « schizophrénie pathologique » et « bienvenue dans le monde des humains ».
Et je n’ai qu’une réponse en regardant les autres, ceux qui se débattent comme moi.
- « Pourquoi ne leur expliquez-vous pas ? » 
- « Parce qu’il ne comprennent pas, ce sont des fourmis comme nous » 
Mais je ne suis pas une fourmi, je suis… .
Et le moi que j’étais écrit il y a quelques lignes, continue à exister. Du moins, si j’existe, alors je crois qu’il pourrait exister. Mais si je n’existe pas, quelle sens peut bien avoir en dehors de moi ce foutu tableau de vérité « conséquent faux, antécédent n’importe quoi, alors proposition fausse, … » C'EST LE TABLEAU DE VERITE MIROIR (DANS LE TEMPS. Ca veut dire, grossièrement, que ce n'est pas parce qu'on remonte dans le temps que la pomme remonte s'accrocher à l'arbre pour autant. Une fois qu'elle s'était détachée, ce n'est plus un événement probabiliste. C'est un fait avéré.

Ou encore pour les matheux, l’espace-temps n’est pas un espace vectoriel : il lui manque une propriété de base, la commutativité).
J’écris pour prouver que j’existe. Si j’écris, c’est que j’existe. Mais si vous me lisez, c’est que vous existez peut-être aussi ! Moi, je sais que vous n’existez pas. Le moi qui écrit est seul. Vous me lirez quand le livre sera prêt. Quand JE serai prêt.
Le livre c’est moi. Non, je suis en train de l’écrire.
Je m’écris, moi. J'en suis à ma deuxième itération à 31 ans d'intervalle.
Donc la question de la mort, qui faisait le fondement de ma non naissance.
Cette question, qui tant qu’elle me présentait une réponse qui défiait ma logique (et moi dans tout ça ?), une fois que j’ai accepté l’idée que je ne mourrai pas. Le je qui écris est mort, vous le savez tous. Vous êtes allés à son enterrement (si vous n’en êtes pas convaincus, pensez qu’on est en 2794. Il y a forcément quelqu’un qui est allé à mon enterrement. Et si, par extraordinaire, je suis encore là, je vous autorise à vous moquer de moi. Le prix en est risible !) Mais moi, je sais que je suis ce je ! Si je suis vivant, c’est que vous avez menti. Mais comme vous n’existez que parce que j’ai écrit ce livre, si vous avez menti, alors vous n’existez pas. Et moi non plus d’ailleurs. Puisque vous et moi c’est la même chose. C’est le temps qui nous sépare de nous même.
De même que c’est une combinaison différente de gènes dans les mêmes chromosomes qui vous distingue pour moi.
J’entrevois deux moi et c’est le même à une combinaison près. Le temps et l'espace.
Pour vous c’est le même, mais si vous pensiez, alors vous seriez moi. Et je suis ici en train de dicter ces lignes.
Une fois que j’ai accepté qu’un jour je mourrai, donc qu’après cette mort je n’existerai plus, alors j’ai accepté, comme aussi vraisemblable que, pendant que je vivrai, je serai immortel !
Chacun des moments vécus peut être décliné ad libitum.
Après tout, il n’y a aucun rationnel acceptable pour accepter sa propre mort. On peut savoir que les hommes sont mortels, qu’on est un homme, avoir vu mourir des hommes et supposer que, statistiquement votre tour viendra un jour,… et bien le jour où vous serez mort, vous n’en aurez plus rien à faire de savoir que les hommes sont mortels et de toutes les probabilités de l'univers.
Vous ne serez plus.
Les hommes non plus.
Moi non plus.

Donc, je suis immortel !
Il y a peut être un raccourci de logique dans les lignes précédentes, mais le lecteur tatillon m’excusera.
IL N'Y A QU'UN SEUL MOYEN DE RENDRE CETTE PROPOSITION FAUSSE : ATTENDRE QUE LE CONSEQUENT DEVIENNE FAUX.
JE suis en pleine naissance et raisonne encore mal. Je me trompe peut être mais de bonne foi. Je crois que j’ai raison. Vous savez que non, moi je ne le sais pas. Si je n’existe pas, alors pourquoi me fatiguer à vérifier la logique du paragraphe précédent ? Mais j’y pense à ce foutu paragraphe et de l’analogie avec la planète B359 du Petit Prince, du mouton dans sa boîte et, surtout de l’éléphant avalé par le boa. Si vous comprenez, vous êtes des enfants, et moi j’existe.
Mais le Petit Prince est un livre, et ce n’est pas parce qu’il y est écrit que ce qui y est écrit est vrai. C’est une histoire avec de belles métaphores !

Différent de moi selon quelle topologie ?

Je ne peux donc pas le juger, je me jugerais moi-même.
Moralité : au seul moment de la vie où l’on aura envie d’être entouré, c’est à dire à l’instant où l’on meurt, quelles qu’aient étées ses amours et ses relations, un homme meurt seul.
Il vit donc seul, quel que soit son entourage, puisque chaque instant peut être le dernier et que personne ne pourra l’accompagner l’instant suivant.
Le grand saut quantique, quoi !
Je crois que c’est en même temps que cette fatalité de la mort, transcendée par le postulat que j’ai posé - dans ma construction du monde, la seule qui compte- que j’étais immortel, que j’ai accepté de vivre.
Pascal a fait le pari de sa vie en croyant en Dieu.
Je ne crois pas en Dieu. Je vais sans doute mourir. Comme Dieu n’existe pas alors après ma mort, je n’existerai plus. Si je crois à la mort, alors je sais qu’un jour où l’autre elle viendra.
C’est peut-être dans une heure. Pourquoi écrirais-je ces pages si je savais mourir dans une heure ?
Il y a sûrement des occupations plus qualifiées pour une dernière heure !

Je suis donc implicitement en train de faire le pari que je ne mourrai pas dans l’heure (le même type de pari que cet imbécile de Pascal a fait au sujet de Dieu. Le type de pari qui n’a pas de sens s’il est perdu) et si je meurs dans une heure, j’aurai perdu cette dernière heure en perdant mon pari. Mais comme dans une heure, le moi que je serai fera le pari qu’il ne mourra pas dans l’heure qui vient…

Il en viendra bien une pourtant alors autant vivre toutes les heures en pensant qu’il y en aura une qui suit (le pari de Ricercar) plutôt que de rater toutes celles qui passent en pensant à la dernière à laquelle je ne survivrai pas !
C’est dans cet état d’esprit que j’accepte calmement (c’est tout relatif, l’idée est encore neuve, je la teste sur moi, si vous avez suivi ce qui précède, vous comprendrez que cette idée est elle-même inconfortable. J’ai intérêt à rester calme, parce qu’il faut que j’ose accepter qu’à un moment, je n’aurai plus la main. Autant le comprendre vite et profiter du reste !) que le moi que je suis peux regarder le moi qui a grandi pendant 38 ans, sans jamais naître. Sans le juger. Sans comprendre comment il a pu attendre 38 ans. Qu’est-ce qu’il faisait tout ce temps-là ? Ce moi là ne m’intéresse plus, je ne le connais pas et ne peux que perdre mon temps à essayer de le comprendre.
Puisque c’est moi et que je me regarde avancer.
La question fondamentale que je me posais : « Qui suis-je ?» ayant été jugée non pertinente puisque je ne peux pas être objet et sujet, est remplacée par l’assertion «L'IHM est ce qu’il perçoit et comprend » (avec l’acception que j’ai évoquée pour « perçoit » : si je n’existe pas, je m’en fiche de la question « qui suis-je »).
Une seule chose compte : je suis (et j’ai l’intention de rester, éternellement. J’en fais le pari ;-)
NOUS ALLONS CALCULER CETTE PROPOSITION.
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