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Lettre à un ami - Quaerendo Invenietis [entries|archive|friends|userinfo]
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Lettre à un ami [16e juin. 2005|10:47 am]
RacReciR
[Humeur |contemplativecontemplative]
[Ecoute |Bach, forcément]

Cher ami,
Une lettre que te ne liras jamais, que tu ne recevras, dont tu n'auras jamais connaissance.
Comment ? Je qualifie d'ami celui qui m'a assassiné à de si nombreuses reprises ?
Plusieurs fois et qui t'a toujours pardonné.
Il fallait que cela fût dit à la première phrase. Il y a toujours plusieurs niveaux de compréhension.

On peut parfois dire une chose et en penser une autre.
Ou même l'écrire.
Je ne l'ai jamais fait.
Oh, je ne parle pas des petits mensonges qui fondent une vie en société. Je pratique, à cet égard, le mensonge florentin avec une certaine expertise.
Je ne mens, en revanche, que quand je constate mon interlocuteur incapable d'entendre mon raisonnement.

Oui, j'écris encore en Français. C'est là où ma pensée s'exprime le plus précisément. Le langage sert à communiquer. Et la maîtrise de la communication impose que l'émetteur soit capable de ciseler son message. De le moduler en fonction de ses inter-locuteurs.
C'est une marque de défiance que d'imaginer des limites à ce que peut entendre un ami.
Je ne pense pas être frappé de ce travers.

En amitié, vous êtes forcément vulnérable.
Un ami, c'est celui avec lequel vous partagez des moments forts, ceux où vous lui dévoilez les rouages de votre pensée.
C'est celui avec qui vous êtes en confiance. C'est celui à qui vous tournez le dos, sachant qu'il est là pour vous protéger. Que vous en ferez autant, quel qu'en soit le prix.
C'est pourquoi je peux écrire cher ami et que tu ne le peux pas.
J'en suis désolé pour toi.

La question du pardon a, à chaque fois, été une vraie renaissance pour moi.
Je ne hais personne.
Je me mets en colère, je jure, je m'énerve. Il peut même m'arriver de claquer la porte ou d'être de mauvaise foi.
Nourrir et entretenir une amitié n'exclut pas - bien au contraire - de confronter et de dépasser des opinions divergentes.
Je refuse cependant de haïr.
C'est une conviction intime.
Entends-moi bien. Non pas que je sois incapable de haïr. Je ne suis qu'un homme après tout.
Je refuse de haïr, c'est tout.
Toi qui me connais si bien, puique je fus ton ami, sais que je dis vrai.
Je hais le péché. Jamais le pêcheur.

Si on m'avait dit à quel point ce programme est efficace, je me serais fait curé.
J'aurais fait un bon Dom Camillo aussi.

Il n'y a aucune gloire à avoir vécu la guerre, le harcèlement, l'injustice, la méchanceté, la mort autour de soi.
Ce sont des éléments qui dépassent ma petite condition. La condition humaine.
Je les ai subis. J'y ai survécu et j'ai appris à grandir en tirant les leçons de cette survie.
Grandir rendre humble.
Grandir c'est, pour moi, avoir bientôt 42 ans.
Je n'ai jamais imaginé, enfant, que j'atteindrais cet âge canonique (le 2ème C de ricercar) et pourrais, sereinement, continuer à envisager un futur possible.
Et pourtant, j'y suis et je le fais. C'est, parmi les objectifs que je m'étais fixés, ma plus belle réussite.
Des hésitations, parfois.
De légers retards, sans doute.
Pas une fausse note dans ce ricercar-là cependant.

Amateur, je suis. Amateur, je resterai.
Dans amateur, il y a aimer. Et c'est si magnifique, égoïstement.
Ce péché-là me ravit et je l'assume gaiement.
Je pourrais ainsi rejouer cet enregistrement sans en rougir.
 
Libre je suis, libre je resterai.
Un serf n'a pas d'ami. Un tyran non plus.
Que des gens de qui se défier.
Il n'y a pas d'amitié possible sous la contrainte.
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