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Ma première fugue [13e nov. 2004|01:00 am]
RacReciR
[Humeur |busybusy]
[Ecoute |Bach - Fugue 10 en mi mineur]


Ma première fugue


Samedi 13 novembre 2492


J'ai fait ma première fugue aujourd'hui.


A 41 ans révolus. Vous vous imaginez ?
Il est vrai que je n'ai jamais été précoce.


J'ai choisi pour cela de m'évader dans la dixième fugue du premier livre du clavier bien tempéré.


Une fugue est un objet musical complexe dont la simple description donne le vertige.


Celle-ci est particulière en ce qu'elle forme un ruban de Möbius
musical (vous savez le ruban infini dont les deux faces se parcourent en continuité) composé de deux parties de 19 mesures.

La deuxième partie est l'exacte image miroir de la première.
La main droite joue ce que la main gauche jouait et réciproquement.

Par ailleurs, Bach, dans sa seule fugue à deux voix, a voulu concentrer toutes les difficultés du genre.

Même à deux voies, une fugue peut être extraordinairement complexe. Je vais tenter de l'exposer en quelques lignes. Dans cette fugue donc, Bach introduit, dès la troisième mesure, un contresujet. Le Sujet est exposé à droite puis le contresujet démarre, toujours à droite. La réponse au sujet a, bien entendu, déjà repris de la gauche, décalée d'une quinte.

Un premier développement joue une cadence composée du mélange d'arpèges tirés du sujet et du contresujet qui amène le tout dans une nouvelle tonalité.
Le deuxième développement conclut la première partie des 19 mesures.

Celles-ci sont enchaînées par les mêmes 19 mesures en miroir.

La fugue globale se compose donc de deux miroirs principaux qui se décomposent eux aussi en miroirs : un miroir vertical qui échange sujet et contresujet et l'autre, horizontal, qui échange les voix de gauche et de droite. L'ensemble se conclut par quatre mesures, qui reprennent le sujet à la main gauche puis, intercalé, le contresujet à la main droite qui se termine par la dernière évocation du sujet.

Sans ces quatre mesures, il serait possible de continuer à l'infini : fugue, contrefugue, fugue, etc.

Le raffinement est poussé dans les détails. Le premier développement démarre à la main droite, le troisième à la main gauche. C'est un échauffement pour la suite. En effet, le deuxième et le quatrième développements sont composés de cinq mesures. Une mesure joue une voix de chaque main, la voix change de main à chaque mesure.

Un vrai tour de cirque ce morceau où l'on jongle avec des voix au lieu de quilles.

Il faut quatre mesures pour recréer le double miroir.

La cinquième mesure est jouée à l'unisson et fait office de point de fuite. La première fois (2) l'unisson est à deux octaves d'intervalle, pour signifier qu'une suite est possible, la contrefugue qui suit puis, la seconde fois (4), à une seule octave d'intervalle, pour signifier la conclusion.

Il est sans doute utile de préciser que les développements 1 et 3 d'une part, et 2 et 4 d'autre part, se regardent dans des miroirs horizontaux séparés de 19 mesures.

L'ensemble constitue une cathédrale de miroirs et d'échos qui s'appuie sur ces 19 mesures.

L'auditeur peut, selon son humeur se laisser emporter dans le labyrinthe ou, si l'envie le prend, d'y plonger.

Le pianiste, quand à lui, est bien obligé de rentrer finement dans les méandres de la pensée du compositeur.

Me voilà bien servi. Il est de moins agréables compagnies que celle de Jean-Sébastien.

Imaginez, le kaléidoscope qui finit par colorer l'esprit du pianiste en attendant que les morceaux s'emboîtent avec l'harmonie souhaitée!

La complexité d'une fugue augmente, bien entendu, d'une puissance de 2 (un nouvel axe pour un miroir supplémentaire), à chaque nouvelle voix introduite. Bach a composé des fugues – des RICERCAR – à 6 voix dans son Offrande Musicale.

Je viens d'en décrire une à 2 voies.

Vous trouvez l'explication confuse ?

Je crains de ne pas avoir le talent nécessaire pour ma première fugue ! J'ai, en effet, omis d'exposer la recherche d’une résolution des doigtés dont la beauté ne peut intéresser qu’un exécutant.

Cette fugue sera longue et agréable. Et je ne dispose que de la couleur pour exposer les voix.


Quand je pense aux centaines d'autres qui m'attendent !

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