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Seraphin déchu (ricercar à 3) - Quaerendo Invenietis [entries|archive|friends|userinfo]
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Seraphin déchu (ricercar à 3) [12e aoû. 2005|12:46 pm]
RacReciR
[Humeur |happyhappy]
[Ecoute |Bach - ricercar à 3]

La roche tarpéenne est derrière le CapitoleLe piano, c'est comme le vélo.
Il dispose même généralement d'une pédale supplémentaire.
Il faut atteindre une vitesse minimale pour que ces engins démarrent et restent en équilibre.
Vous qui, à défaut de pratiquer le piano, pratiquez le vélo, comprendrez mon propos.
L'apprentissage du vélo est difficile pour les enfants parce qu'il requiert une série d'apprentissages consécutifs (équilibre, synchronisation des mouvements) et, in fine, l'assurance nécessaire pour tenir fermement le guidon et appuyer franchement sur les pédales pour atteindre la vitesse gyroscopique minimale qui permet au vélo d'avancer en restant en équilibre sur ses deux roues.
Souvent pour aider les enfants, les parents ajoutent au vélo deux petites roues supplémentaires qui, telles des béquilles, assurent l'équilibre alors en construction. Ces roues servent à permettre à l'enfant de découvrir l'équilibre sans risquer de se rompre le cou (la peur est une mauvaise pédagogue, inefficace à long terme puisqu'elle bride le jeu et donc la créativité).

Le piano est pareil à un vélo (les petites roues mises à part mais les risques de chute sont d'une tout autre nature).
J'apprends depuis 7 ans maintenant révolus et je constate empiriquement qu'il faut être capable d'atteindre une certaine vitesse pour que la musique pulse réellement.
Que ce soit elle qui guide le jeu et non les doigts du pianiste.
Il faut que le pianiste ait acquis suffisamment de maîtrise de son instrument et de la partition jouée (la route à suivre)  pour laisser filer le piano. Ne plus contempler les touches blanches et noires comme les dents d'un saurien qui ne chercherait qu'à vous haper la main, mais comme le volant, extrêmement précis, complexe et évolué d'un astronef qui doit suivre une ou plusieurs voies éthérées, en équilibre entre deux mondes, le réel et le magique.
A partir d'une certaine vitesse, propre à chaque morceau, l'effet gyroscopique se fait sentir au piano aussi et la musique s'envole.
On n'entend plus des doigts qui courent après des notes mais une pensée musicale, bien vivante.
Fini le piano.
Seules chantent les voix que Bach a entendues.
Séraphiques.

Quoi de plus merveilleux et de plus magique que la musique ?
Le seul univers où le mal n'existe pas.
Oh, il peut y être exprimé (un mauvais musicien est un mal absolu)  mais il n'y a pas de place pour son incarnation. On ne peut pas faire du mal avec la musique, à moins d'écraser quelqu'un sous un piano.
Il est éventuellement possible d'invoquer des émotions particulières qui, selon la personnalité de l'auditeur, sont connotées avec tel ou tel sentiment.
Chacun son échelle de valeurs !
Si un dieu existe, alors il est forcément musique.
Bach l'avait bien compris. Toute sa musique le chante.

Le compositeur a généralement voulu transmettre une atmosphère, faire un calembour, montrer un tour de passe passe, etc.
C'est au pianiste (j'en parle parce que c'est cet instrument qui m'habite) de découvrir le rébus composé, de le reconstituer tel un hypercube magique et de retenir la formule qui permet d'invoquer à nouveau, au clavier, la pensée du compositeur.
Alors commence l'interprétation. Celle qui mérite que l'on s'y attarde. Celle où les deux exécutions d'une même oeuvre veulent, par la volonté du pianiste et non pour parer à ses défaillances techniques, transmettre des nuances variées d'une même et complexe émotion.
J'en suis là de mon piano.
L'inconvénient, parce que toute médaille à son revers, c'est que j'ai fait mon apprentissage selon un algorithme où je cherchais à optimiser le temps. Forcément, à 35 ans, on a perdu du temps pour s'y mettre.
Il fallait donc une méthode efficace et rapide.
J'ai donc dû développer l'arbre en profondeur sans m'occuper de la largeur (c'est l'algorithme alpha-beta revisité par mes soins).
Le père Bach a écrit une méthode pour apprendre le clavier. Mon répertoire reflète mon niveau d'apprentissage mais reste assez limité. Apprendre une nouvelle route, dotée de plusieurs voies nécessite des semaines de reconnaissance.
J'ai déjà commis une note au sujet de la préface des inventions à 2 et 3 voies. On ne peut pas être plus explicite : "apprenez ces 30 morceaux et vous saurez jouer du clavier". Point barre.
Le temps que vous mettrez à apprendre ne dépend que de votre assuidité à l'entraînement.

Après 7 ans, je suis en train d'atteindre péniblement le deuxième versant de la colline.
J'ai, en effet, à mon répertoire une petite quinzaine de ces inventions. La plupart à deux voix mais quelques unes à trois.
J'ai ainsi entamé l'Offrande Musicale et découvre le ricercar à 3 depuis quelques semaines. Je dois avouer trouver le parcours encore un tantinet cahoteux et donc chaotique.
Il me reste à perfectionner ma lecture qui (telle la lecture d'un plan) me handicape.
J'aimerais bien me mettre en roue et, libre, dévaler la colline !

Je vous entretiendrai une autre fois de l'équilibre délicat que requiert l'écriture.
C'est, à la différence de la musique, un univers où le mal est possible. Il faut donc que l'écrivain soit capable de maîtriser son clavier pour y ciseler des émotions ou y peindre des tableaux originaux ou distrayants.
D'autres formes de littérature, plus guerrières, sont aussi possibles.
J'ai, quant à moi, dans mes fugues, décidé d'être parfois incisif mais jamais tranchant.
LienRépondre

Comments:
From: (Anonymous)
2005-08-18 12:50 pm (UTC)
- C'était très beau. Je voudrais seulement que mes doigts puissent, je veux dire, lorsque j'essaye de les contrôler à ce point, je ne peux sentir que... et après je n'y arrive plus. Ce toucher. Je parle du toucher. Arrivé à un certain point, je frappe un mur.

[...]

- Vous devez imaginer la musique dans votre tête. L'imaginer, avec la forme et l'équilibre que vous voulez lui donner. La porter dans votre tête, puis y croire. Concentrez-vous, croyez-y, vos doigts la feront. [...] Tout ce que vous imaginerez clairement, vous le jouerez. Voilà le grand secret.

- Alors c'est au-delà du corps..., souffla Claude.

- Exactement.


... contrôlant le sentiment d'euphorie qu'il sentait monter dans sa poitrine. C'était parti, ça leur échappait, c'était libre. [...] Claude savait qu'il était sur scène, au piano, à Longmeadow, au Massachusetts, mais, en même temps, il était quelque part ailleurs, un un lieu qu'il eût été incapable de décrire, y compris à lui-même - non qu'il en éprouvât le moindre besoin, tantr ce lieu paraissait céleste. Regarde ! Regarde ! Ecoute ! Concentre-toi ! Ca arrive. C'est là. Ca !


Supposons que des gens puissent être bloqués - se développer jusqu'à un certain point, puis en rester là. Combien de temps serait-il demeuré derrière son mur personnel si Fredericks ne lui avait pas montré comment aller de l'autre côté ? Combien de jeunes musiciens à qui l'on avait indiqué avaient pu y parvenir ? Ke désir de croissance ne garantissait pas la croissance, devait-il admettre à présent. Ainsi, Jerry était sans doute l'un de ces malchanceux, bon musicien - qui travaillait peut-être dans un orchestre, amoureux passionné de la musique - mais bloqué, conscient de l'existence de l'autre côté du mur, désirant ardamment y parvenir, mais incapable d'y aller. [...] Claude s'autorisa à se regarder lui-même avec les yeux de Jerry, et, un moment, fut terrifié.


Corps et âme, Frank Conroy.



Juste pour ces quelques secondes d'éternité.
(Répondre) (Thread)
[User Picture]From: ricercar07
2005-08-18 02:35 pm (UTC)
C'était très beau...
Merci.
J'aimerais être tant inspiré.
(Répondre) (Parent) (Thread)