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fugue - Quaerendo Invenietis [entries|archive|friends|userinfo]
RacReciR

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fugue [24e aoû. 2005|07:52 pm]
RacReciR
[Humeur |confusedconfused]
[Ecoute |Bach - ricercar à 3]

Fugue à 3Je fais des progrès au piano.
Je me joue des mots et parfois des phrases et non plus simplement des notes.
C'est loin d'être parfait. Parfois, dans une phrase, il y a un faux-pas ou un pas qui tantôt accélère tantôt ralentit.
Parfois le pas en est même lourd et peu élégant mais ce sont des phrases que je chante désormais.
J'imagine que je vis ce que doit ressentir tout enfant quand il commence à parler. Quand il entend les mots, les comprend, tente de les articuler puis, encore incapable de maîtriser la coordination des muscles de la bouche, la respiration, la langue et les cordes vocales et que sais-je d'autre, coasse un mot et enrage de ne pas avoir réussi.
Je me souviens qu'il en fut ainsi.
Je connaissais le mot que je voulais prononcer, je connaissais sa consonnance et l'objet qu'il représentait mais je n'arrivais pas, ou mal, à le prononcer.

J'ai piqué de belles rages contre moi-même alors tant mon incapacité à communiquer me faisait peur.
Je connaissais le mot, je savais le dire mais était incapable de l'articuler en public correctement.
J'ai, depuis, appris à contrôler quelque peu mon impatience pendant l'apprentissage mais continue à redouter l'épreuve du public.
J'ai compris que seule la pratique et donc le temps peuvent rendre faciles les choses compliquées que nous voyons faire autour de nous.

Apprendre en jouant est la méthode la plus efficace (économiquement aussi). C'est là que le sujet mobilise positivement toute son énergie et son imagination au service de l'activité à laquelle il s'adonne.
Les règles sont claires et bien comprises alors, dans ce cadre sécurisant bien établi, tous les délires sont permis. Et c'est dans cet état d'esprit que l'apprentissage est optimal.
Une méthode efficace pour jouer est d'être en avance de quelques notes dans sa tête. Je répète le morceau que je joue et, en fonction du mot que j'entends dans ma tête, je prépare mes doigts au mouvement ou au geste suivant ... tout en vérifiant que le son produit correspond bien à son intention.
La bijection son, position des mains est totale. L'un est l'expression de l'autre sans qu'il soit possible de déterminer lequel est en avance.
Après sept années assidues de piano, mes compétences musicales me hissent donc péniblement au niveau de l'enfant qui babille ses premiers mots et, avec un vocabulaire limité de surcroît, tente de les assembler en phrases.

Les phrases que Bach m'apprend sont un peu spéciales : il y a une règle (et une difficulté) cachée. Les morceaux sont composés sur le principe d'un dessin, parfois un labyrinthe, exécuté d'un trait, sans lever la main. Toutes les phrases de Bach sont en effet continues sur le clavier, la main n'a pas à se déplacer pour poursuivre l'idée. Les changements de position indiquent ainsi une évolution de la pensée musicale.
Il n'y a pas de recette magique hélas. Apprendre la musique est aussi difficile qu'apprendre à parler : ce sont les doigts qu'il faut maîtriser pour qu'ils extraient de l'instrument le son que l'artiste entend intérieurement.
C'est long, pénible et longtemps aride comme un chemin de campagne bordé de ronces au soleil de midi .
Rien ni personne ne pourra faire l'économie des milliers d'heures d'enseignement et de pratique nécessaires avant que l'instrument sonne juste et chante une mélodie qui fasse oublier la suite de notes qui la composent.

C'est forcément plus facile quand on est enfant, le cerveau est vierge et est capable d'apprendre et d'intégrer plus rapidement qu'adulte où les connaissances nouvelles sont confrontées - ou parasitées -  à tout le vécu, et il peut être complexe.
L'avantage imprévu mais certain que je perçois à cet apprentissage tardif est d'ordre éthologique : je m'amuse à analyser les phases d'apprentissage dans lesquelles je me plonge et, à défaut d'être capable de réussir les étapes suivantes, suis souvent capables de les entendre et de les préparer convenablement.
Un des avantages de la réflexivité.
Ceci caractérise une fugue et cela était mon propos.

Il est alors temps de passer à l'étape suivante
Je m'étais donné dix ans pour arriver à ce but.
J'ai cependant dû organiser mon emploi du temps avec discipline afin de libérer les 2-3 heures de piano quotidien que cela nécessite.
Je finis par trouver que je ne suis pas tellement avancé dans le programme que je me suis fixé.

J'aurais dû être capable d'exprimer mes pensées avec plus de musicalité.
Une fugue est souvent très musicale.
Bach composait pour ses enfants et savait qu'il fallait apprendre en jouant et en entendant le jeu.
Il enseigne magnifiquement.
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