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Le Temps ne compte pas - Quaerendo Invenietis [entries|archive|friends|userinfo]
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Le Temps ne compte pas [3e sep. 2005|06:32 pm]
RacReciR
[Humeur |busybusy]
[Ecoute |Bach - ricercar à 3]

Il est une règle que je me suis implicitement fixée dans l'apprentissage de la musique.
Une règle que j'applique depuis le premier jour et qui me vaut de régulières disputes avec ma professeur de piano (que j'ai dû omettre d'informer des attendus).

Je refuse en effet de compter pendant le jeu.
Il n'est pas question que je compte consciemment au cours de l'apprentissage d'une oeuvre, du piano et de la musique en général.
Le décompte et la mesure du temps sont certes les éléments fondamentaux de l'exécution musicale.
Il n'est pas possible de se penser musicien aussi longtemps que la gestion du temps n'est pas maîtrisée.
Cette maîtrise doit donc être considérée comme formant l'objectif de l'apprentissage et non pas être plaquée a priori.

Aussi n'est-il pas besoin de compter.
Il faut apprendre à attendre que les notes arrivent à temps.
Automatiquement.
Les oeuvres de Bach sont millimétrées. C'est un travail d'orfèvre-horloger qui a conçu des automates musicaux.
Leur étude induit mécaniquement l'apprentissage du temps et de sa relativité.

Tout contemporain de l'Internet et de l'explosion des technologies a conscience de la complexité potentielle des programmes et architectures informatiques.
Rares sont cependant ceux qui se risquent à trouver une architecture numérique ou un programme beaux.
Beaux par la simplicité de leur conception et la parcimonie des ressources qu'ils exploitent, l'élégance de leur code et l'ingénuité de leurs algorithmes.

Il en est de même en musique
Trouver un esthétisme certain en comparant la musique à des automates ou des algorithmes.

C'est la musique que Bach a inspirée. Cette économie de notes où chaque croche a sa signification, sa place dans l'architecture globale, où des solutions plus séduisantes et ingénieuses sont proposées pour développer une idée, assurer la continuité du jeu et du contrepoint.
Un miroir qui reflète cet infini dont se joue le grand architecte qui ordonne un à un les motifs qu'il tisse et qu'il enjoint, ensuite, à croître et à se multiplier.

C'est comme s'il vous prenait l'envie ou le besoin d'apprendre une langue étrangère.
Vous immerger dans le pays en question et persévérer néanmoins à traduire l'ensemble de vos pensées dans votre langue mère.
Vous n'auriez que peu de chance de maîtriser un tel apprentissage.

Mon objectif n'est donc pas de jouer quelques jolis airs à je ne sais quel hypothétique auditoire.
L'aridité de l'apprentissage du piano peut difficilement se réduire à une volonté de faire, tel un paon ou un rat savant, une quelconque roue.
Ajouter à cela que mon entourage, mes amis et ma famille apprécient assez modérément la musique Baroque, jugée trop austère, ce qui m'épargne la corvée de louanges à bon compte.

La question n'est pas de savoir si je peux compter en jouant.
Sans doute.
Je compte naturellement.
J'apprends généralement la voix principale en premier. Repèrer les éléments principaux de la structure, l'enchevêtrement des voix ainsi que leur parcours. Il est relativement aisé (quiconque a travaillé Bach comprendra que c'est tout relatif) de déterminer ensuite les points (notes) où les différentes courbes se croisent et mémoriser ainsi l'endroit (le moment, le son) où les voix s'intersectent. Les temps sont alors mathématiquement corrects.
Etalonner ensuite le jeu sur la première voix, utilisée implicitement comme une horloge ou un métronome. Il est possible, en cours de jeu de changer d'horloge et de suivre une autre voix dont la régularité est plus aisée à contrôler.
Les autres voix, aussitôt  les motifs appris, tombent forcément juste.
Le processus est donc récursif. D'une répétition à l'autre, d'une pièce à l'autre, les voix sont de plus en plus liées jusqu'à s'enchevêtrer parfaitement.
L'inconvénient de cette méthode, car il y en a un, c'est qu'il peut vous arriver, comme au volant d'un vélo, d'accélérer en cours de route, grisé par la vitesse ou la beauté du paysage. La musique alors s'emballe et, généralement, l'aventure se termine dans le fossé.
C'est forcément moins grave qu'au volant mais il ne faut pas exclure que l'apprentissage de la musique s'accompagne de son lot de bobos et d'écorchures.

La maîtrise du temps mesure objectivement et a posteriori  les progrès de l'apprentissage de la musique.
Il suffit de procéder à un enregistrement et de le soumettre à l'épreuve du métronome pour savoir où en est ce voyage initiatique.
Compter apprend sans doute à jouer d'un instrument.
Il n'apprend pas à entendre la musique.
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