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Corps et Ame de Frank Conroy - Quaerendo Invenietis [entries|archive|friends|userinfo]
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Corps et Ame de Frank Conroy [7e oct. 2005|01:45 pm]
RacReciR
[Humeur |indescribableindescribable]

Je viens de terminer le livre qui m'a procuré l'émotion la plus violente de ma vie.
La chair de poule, les poils hérissés, le coeur qui bat la chamade, la gorge nouée et l'imagination à la dérive.
Je me suis ainsi plongé dans la vie d'un enfant prodige, virtuose du piano.
Corps et Ame de Frank Conroy.

L'histoire se passe dans les années quarante à New York et raconte l'enfance de Claude Rawlings.
Un batard de nègre jazzman, homosexuel et d'une danseuse de cabaret reconvertie en chauffeur de taxi qui vit enfermé dans un sous-sol où se trouve un piano de cabaret blanc.
Claude qui ignore tout de sa parentèle trouve sur son chemin, par une fortune extraordinaire, un compositeur juif rescapé des premiers bombardements de Varsovie et qui tient un magasin d'instruments de musique. Celui-ci l'adopte et, devant le talent de son pupille, lui dispense ses premiers cours de piano avant de le mettre entre les mains des meilleurs professeurs de l'époque.

Je ne connaissais pas Frank Conroy, auteur américain décédé le 6 avril 2005 après avoir passé des années à animer le Writer's workshop de l'Iowa.

Pardon, ma plume est engluée et mes mots lacunaires.
J'ai une pensée particulière pour le/la lecteur anonyme qui a provoqué ma curiosité en me faisant parvenir un extrait du livre.

- C'était très beau. Je voudrais seulement que mes doigts puissent, je veux dire, lorsque j'essaye de les contrôler à ce point, je ne peux sentir que... et après je n'y arrive plus. Ce toucher. Je parle du toucher. Arrivé à un certain point, je frappe un mur.
- C'est très bien.
- Comment ? Mais c'est horrible. C'est une sensation horrible. Je n'y peux rien.
[...]
- Il y a donc un mur.
- Bien sûr, dit Fredericks. Pour nous tous.
[...]
- Vous devez imaginer la musique dans votre tête. L'imaginer, avec la forme et l'équilibre que vous voulez lui donner. La porter dans votre tête, puis y croire. Concentrez-vous, croyez-y, vos doigts la feront. [...] Tout ce que vous imaginerez clairement, vous le jouerez. Voilà le grand secret.

- Alors c'est au-delà du corps..., souffla Claude.
- Exactement.
[...]
... contrôlant le sentiment d'euphorie qu'il sentait monter dans sa poitrine. C'était parti, ça leur échappait, c'était libre. [...] Claude savait qu'il était sur scène, au piano, à Longmeadow, au Massachusetts, mais, en même temps, il était quelque part ailleurs, un un lieu qu'il eût été incapable de décrire, y compris à lui-même - non qu'il en éprouvât le moindre besoin, tant ce lieu paraissait céleste. Regarde ! Regarde ! Ecoute ! Concentre-toi ! Ca arrive. C'est là. Ca !

Supposons que des gens puissent être bloqués - se développer jusqu'à un certain point, puis en rester là. Combien de temps serait-il demeuré derrière son mur personnel si Fredericks ne lui avait pas montré comment aller de l'autre côté ? Combien de jeunes musiciens à qui l'on avait indiqué avaient pu y parvenir ? Le désir de croissance ne garantissait pas la croissance, devait-il admettre à présent. Ainsi, Jerry était sans doute l'un de ces malchanceux, bon musicien - qui travaillait peut-être dans un orchestre, amoureux passionné de la musique - mais bloqué, conscient de l'existence de l'autre côté du mur, désirant ardamment y parvenir, mais incapable d'y aller. [...] Claude s'autorisa à se regarder lui-même avec les yeux de Jerry, et, un moment, fut terrifié.

Le fait est - et Fredericks me l'a montré - que, arrivé à un certain point, on peut en quelque sorte oublier ses mains. Cela devient pour ainsi dire mental. On entre dans une sorte de transe de concentration, on imagine à quoi le son va ressembler, on le sent dans sa tête, et inexplicablement, c'est exactement ce qui arrive. C'est presque magique. C'est si bon, parfois, que c'en est presque insoutenable. Je veux dire, on joue, on sent une résistance, on pousse de plus en plus fort ... et soudain on débouche en pleine lumière, juste comme ça ... On passe de l'autre côté du mur !  Il n'y a plus de résistance, on navigue... De la pensée pure qui se transforme en musique pure
Il faut s'entraîner à garder sa concentration, sinon on peut être si heureux qu'on risque de passer de l'autre côté. C'est fou.

Je ne sais pas si je franchirai un jour le mur.
Je sais que je le vois et qu'à force de pousser, parfois, une brique se descelle et j'entrevois un monde magique, celui de la musique. Mais je  n'y accède pas et c'est un vrai supplice.
Il faut que je construise une échelle.
Rapidement.

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Comments:
From: (Anonymous)
2005-10-08 09:29 am (UTC)
*grand sourire*
(Répondre) (Thread)