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Que la guerre est belle. [7e nov. 2005|07:12 pm]
RacReciR
Quand vous avez grandi dans un pays en guerre, le niveau de tension et d'adrénaline quotidiens auxquels votre métabolisme s'est accoutumé est un tantinet plus élevé que celui que peut connaître un parisien en 2005.
Quoique, regardant la télé ces derniers jours, j'ai eu l'impression de me retrouver à Beyrouth aux meilleurs jours de la guerre.
Mais c'est à la télé, je ne la vis pas personnellement.
Il ne faut donc pas s'étonner qu'un sujet, extrait d'un milieu guerrier (qu'il soit actif ou passif de cette situation change la chose en empirant le diagnostic), ait un métabolisme adapté à sa survie dans son milieu.
Plongez donc notre "guerrier" dans un monde civilisé et policé et vous le mettrez immanquablement dans un déséquilibre hormonal et métabolique profond qui nécessitera des mois voire des années pour être corrigé.
Je n'exclus pas qu'un adulte ayant fait ses apprentissages principaux d'enfant en milieu guerrier soit incapable, par la suite, de construire un autre équilibre. C'est gravé en dur dans le système. Ou alors, il faudrait une thérapie personnelle. De choc ?

On trouve désormais normal que les personnes ayant vécu un attentat recoivent un soutien psychologique. La guerre c'est un attentat à votre vie qui se prolonge pendant des années.
L'inquiétude que vous vivez pour vous et vos proches devient tellement prégnante qu'elle disparaît.
Quand, par chance, vous y avez survécu, vous êtes pétri de ces événements.
Je suis ainsi tel le guerrier que, plus de 20 ans plus tard, la blessure éveille encore.

Plongé dans un milieu qui ne partage aucun des repères de survie essentiels qui ont été si péniblement construits et qui fait l'hypothèse que vous avez intégré d'emblée tous ses codes.
Le temps n'existe pas en temps de guerre.
Tout est suspendu dans une dimension nébuleuse que rythme le quotidien immédiat : aller à l'école, revenir, faire ses devoirs à la bougie, aller chercher de l'eau, porter la bonbonne de gaz jusqu'au 6ième étage, courir avec son assiette dans le couloir pour se protéger des obus qui tombent dans le quartier (parce qu'on a eu marre, à la longue, de finir les repas froids), descendre les escaliers quatre à quatre pour aller se réfugier dans les caves qui font office d'abris d'infortune...
Le long terme, en temps de guerre, est une utopie farfelue.
Une fugue permanente.
Plongé dans ce milieu, il n'est pas possible de construire une quelconque stratégie personnelle basée sur le temps.
Première étape, en sortir.
Deuxième étape, réaliser que l'on va devoir continuer à apprendre à s'adapter.
Vous comprendrez que l'importance relative de la bonne case cochée dans un formulaire sous l'oeil narquois et vitreux d'un fonctionnaire ou le feu rouge auquel il faut s'arrêter à 4 heures du matin dans un carrefour vide puissent paraître surréalistes devant la soif d'apprentissage.
Un adulte, éveillé, est capable de se raisonner et de s'adapter à un nouveau milieu.
Pour un enfant, je suis plus circonspect. Associer, dès l'enfance, apprentisssage et violences aboutit à modifier profondément les centres de plaisir. C'est constitutif de l'équilibre personnel.
On peut rêver que plongés dans un autre univers, ils soient aisément capables, adultes, de modifier aussi radicalement leurs centres de plaisir.
Combien d'enfants grandissent aujourd'hui sous les bombes (ou/et dans un milieu de violences intellectuelle et matérielle comparables à la guerre) ?
Ceci est bien entendu le fruit de mon imagination. Toute ressemblance avec des situations ou des personnages réels serait le pur fruit du hasard...
Je ne sais d'ailleurs pas pourquoi je parle de tout cela.
Ah, oui. Je voulais parler de l'apprentissage du piano.
Oui, je sais, ça n'a rien à voir.
Je pensais à mes difficultés à compter le temps en jouant et tenter d'apprendre, à l'oreille, à calculer les bonnes vibrations.
J'ai effectivement du mal à compter le temps et me fais régulièrement violence.
La relation qui me lie à Bach n'est pas tout à fait due au hasard.
Il y a tant d'autres choses plus merveilleuses à faire de son temps.
De la musique par exemple.
L'apprentissage de la musique devrait être du devoir de l'école.
Brrr ! Le fond de l'air est frais ce matin.

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