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français moyen - Quaerendo Invenietis [entries|archive|friends|userinfo]
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français moyen [21e nov. 2005|10:35 am]
RacReciR
[Humeur |aggravatedaggravated]

Atomic City"C'est quoi la maison de vos rêves, monsieur ?"
Aussi incroyable que cela puisse paraître en ce XXIième siècle, c'est une question qui se pose à chacun d'entre nous.
A moins de disposer de revenus d'un niveau très élevé, il est quasi-impossible de se loger dans un cadre réellement choisi.
Le choix du logement, quand l'exercice est réalisable, est le résultat de nombreux compromis : localisation, prix, superficie. Il faut surtout bien présenter.
Première possibilité, acheter. Je ne suis pas convaincu que tout le monde ait les moyens de se payer le logement de ses rêves.
Second choix, louer. Il s'agit alors de bien se présenter sous son meilleur jour.
Bien présenter c'est par exemple être français, blanc, en couple avec peu d'enfants (ou pas c'est plus facile), disposer d'un emploi stable et de revenus qui se montent à quatre fois le montant du loyer.
A défaut, il faut trouver un garant.
C'est ainsi que, disposant de revenus décents et d'un emploi stable,  je me suis retrouvé garant de la location de ma mère, chose à peu près normale puisqu'elle bénéficie d'une somptueuse retraite de 480 € après avoir travaillé plus de 40 ans de sa vie.
Je suis aussi le garant d'un ami célibataire dont les revenus ne permettaient pas de prétendre aux deux pièces dans le vingtième arrondissement de Paris.
Il est pourtant français, de parents français, né à Orléans. Il travaille régulièrement et dispose d'un salaire qui, jadis exprimé en francs, était aussi d'un niveau convenable.
12.000 FF par mois.
Cela suffisait pour vivre correctement.
Trois ans après l'introduction de l'euro, ces 12.000 FF sont toujours équivalents à 1800 €.
Le moindre appartement dans Paris est proposé à près de 800 € (charges comprises).
Les impôts prélèvent 200€ par mois, le remboursement de dettes antérieures 200€.
L'électricité et les téléphones (fixe et mobile) 100 €.
Cet ami se doit, par ailleurs, de disposer d'une voiture pour travailler.
L'endroit où il travaille et ses horaires (de nuit) rendent les transports en commun impossibles.
Le coût d'entretien d'une voiture est cependant prohibitif à Paris. Il faut louer un garage ou régler des frais de parking. Ajouter à cela les immanquables procès-verbaux pour stationnement interdit, horaire dépassé, etc. que vit sans barguigner tout automobiliste parisien. Le coût des assurances obligatoires, l'essence, PV divers et le renouvellement du véhicule sont ainsi des postes budgétaires importants et incompressibles.
La voiture revient donc (amortissement compris) à 300€ par mois.
Comptez, il reste 200 € pour vivre tout le mois.
Il aurait dû en rester 400 n'étaient les dettes de mon ami.
Mais la société de consommation est telle que chacun d'entre nous reçoit dans sa boîte aux lettres des propositions allèchantes pour disposer d'un prêt en échange d'un modique taux d'intérêt, à deux chiffres.
Pour acheter une maison, les taux sont de 3 à 4 %. Pour acheter une voiture 9 %, pour un usage libre 16%. Les sommes consenties sont, bien entendues décroissantes dans le sens où je les ai citées. Les durées accordées suivent la même courbe.
Manger, s'habiller et vivre les quelques loisirs et moments de convivialité peuvent ainsi rapidement être assimilés à un luxe dispendieux.
Ou accessible à crédit.
Et là, personne pour s'assurer que les crédits que vous contractez sont compatibles avec votre situation.

Comment voulez-vous vous en sortir avec un salaire juste décent ?
Il s'agit ici du cas d'un travailleur national, disposant d'une situation stable depuis toujours.
Monsieur tout venant. Célibataire, présentant bien, éducation moyenne, situation moyenne, revenus moyens.
Ses revenus ne lui permettent plus de vivre correctement.
Cela fait des années qu'il s'est résigné à accepter des petits boulots en complément de son activité principale pour réaliser l'impossible quadrature du cercle.
Je n'ose imaginer les autres situations, le chômage, la pauvreté, la maladie, le racisme.
Le tout mélangé.

Pendant ce temps, à un autre endroit de la planète, des enfants marchent dans une forêt.
Ils tiennent en bandoulière des fusils mitrailleurs aussi grands qu'eux.
En connaisseurs, ils  marchent du pas de ceux qui ont réglé le prix du sang pour apprendre à s'en servir .
Ce ne sont plus des enfants.
Ce sont des machines à tuer.
L'obstination, la dévotion, l'entêtement d'un enfant.
Toute cette énergie dévolue à tuer son prochain.
Sans relâche.
Programmés depuis le berceau.
Et vous voudriez que ça s'arrête tout seul ?
Faute de combattants peut être mais la guerre et la misère qui l'accompagne sont féconds et, prolifique, la matière première renaît de ses cendres dans une spirale qui foudroie tout sur son passage. Pitoyable phénix.

Et encore quelque part d'autre, toujours au même moment, un ordinateur est allumé.
Sur son écran des courbes harmonieuses s'affichent.
Derrière l'écran, un homme à lunettes contemple les courbes, satisfait.
Au loin, les lumières de la ville scintillent et notre businessman de se prendre à rêver de les posséder toutes.
"Je suis un homme sérieux, je suis un homme sérieux". Mais ce n'était qu'un champignon.
Une unité centrale, un écran, un clavier, des enceintes et un microphone connectés à la terre entière.
L'antenne de cette civilisation moribonde.
L'ordinateur écoute, voit, lit, réfléchit et archive, grave, la totalité de ces scènes pour la postérité.
Sol lucet omnibus.
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