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Conversation avec Erasme [10e mai. 2002|10:57 pm]
RacReciR
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Sieste bucoliqueConversation avec Erasme

Vendredi 10 mai 2402

Je viens de re-croiser Erasme. J’ai lu (relu) un passage de son Eloge de la folie. Et, dans l’état d’esprit où je me trouvais, j’ai entendu ce qu’il voulait me dire. C’était le désarroi total d’un homme profondément bon, croyant en un immatériel, un homme du 16e siècle croyant en Dieu au fond de lui-même, cet homme soudain avait peur !

Il venait d’analyser et d’écrire que, quel que soit le système regroupant des hommes, ce système entraînait, par définition, une répartition de tâches : un qui fait le feu, l’autre qui cherche du bois, le troisième va à la chasse, la femme fait à manger, elle fait pousser des herbes, elle fait des enfants et c’est pratique de se serrer contre elle. Pourquoi elle ? parce qu’elle est plus petite que soi et que j’avais envie de me serrer. Elle ne pouvait pas me dire non.

Ce système, dans lequel je me suis perdu, fait qu’à un moment, le meilleur chasseur, la meilleure cuisinière, etc. tous ces gens là vont être connus des autres. On va venir les voir pour leur demander comment ils font. Comme ce qu’il font les ennuie, pas parce que c’est difficile, ou dangereux. C’est difficile parce que c’est toujours la même chose. C’est toujours la même excitation. C’est toujours la même pression de réussir. La même crainte d’échouer qui serait plus grande puisqu’on s'est placé si haut. Cette crainte qui est la raison profonde pour laquelle on est devenu si bon cuisinier, chasseur, etc.

Et donc, notre chasseur, cuisinier, préférera naturellement, pour se divertir, parler de son ART. Il en parlera de différentes manières. Il racontera des histoires, il apprendra aux jeunes, il fera n’importe quoi. L’important c’est de ne plus aller à la chasse ou de cuisiner. L’important, c’est de trouver quelqu’un qui aille à sa place, même s’il faut le former. C’est préférable que d’y aller soi-même.

On a donc déjà structuré la société en « personnes » allant faire le travail concret ( chasse, pêche, cuisine, etc.) et en « personnes » vivant sur le dos des premières et ne faisant que « parler » de ce que ces gens-là faisaient, et qu’au fur et à mesure que le temps passait, ils devenaient meilleurs que ce que nous pensons avoir été.

Et pourtant, ces gens-là, personne ne les questionnera. Un chasseur qui a passé toute sa vie, objectivement, à « parler » de la chasse (en l’apprenant, en l’enseignant, en en vivant) continue à être « nourri » par le système parce que l’on croit encore à la force de sa parole. On s’y est habitué. On s’est habitué à ce que le meilleur chasseur devienne artiste chasseur et ne fasse plus que parler de son art. Il arrive parfois, rarement, que le meilleur chasseur meure, ou qu’un chasseur tombe sur trop faible pour soi. Alors, il sera promu « artiste » et vivra des autres. Cela n’est pas très grave. Après tout, il ne nuit à personne. Il se contente de laisser le système le nourrir. S’il ne fait rien, ce n’est pas grave, les autres travaillent déjà, s’ils travaillent un tout petit peu plus, ça ne se verra pas !

Le problème de ce « faux » artiste, parce que toi et moi, lecteur, venons de juger que ce chasseur chanceux est un faux artiste, alors que, qui sait, le meilleur chasseur est, à long terme, celui qui a le plus de chance. C’est celui qui a la plus grande probabilité de survivre et nourrir sa troupe !

Et bien, toi et moi lecteur ne le croyons pas. Nous croyons que le meilleur chasseur c’est le plus fort, le plus musclé, qui manie le mieux l’épée ou la hache et non pas que c’est le plus chanceux.

Or, c’est le plus chanceux qui est le meilleur. Et le système fait tout pour éviter que cette configuration arrive. Il y a trop de chasseurs musclés et habiles aux armes et pas assez de chasseurs chanceux. Alors, forcément, statistiquement, les musclés l’emportent plus souvent que les chanceux. Les chanceux ont toujours la chance et les autres le nombre pour eux.

Et tu vois, lecteur, je viens de boucler une boucle encore, la même qu’Erasme.

Si les chanceux ont de la chance, alors ils ont intérêt à ce que ça se sache le moins possible. Sinon ils vont devoir le prouver à tout le monde. Et ça, ce n’est pas de chance. C’est un boulot à plein temps. Et un boulot c’est justement ce qu’ils ne veulent pas.

Pour résumer, lecteur, Erasme disait, et je te dis, quel que soit le système, la recherche d’efficacité du système lui-même (QUI N’A AUCUN SENS PUISQUE LE SYSTEME N’EXISTE PAS, N’EST-CE PAS ?) va générer une hiérarchie croissante d'« agents» vivant de tâches non essentielles à la survie du « système ».

Chacun de ces éléments, qui vivent un peu du travail des autres, ne fait pas beaucoup de mal en soi. C’est pourquoi on les tolère. On sait qu’ils peuvent faire plus, mais on est pareils. Nous aussi, quand cela est possible, on évite de faire ce qui nous plaît pas. Pour certains, c’est la cuisine, pour d’autres la chasse ou la politique, ou la médecine…

Si on part de la situation que l’on connaît, où moi ai besoin de manger pour vivre. Mon lait, mon fromage, ma viande, ce n’est pas moi qui les ai produits. C’est moi qui les ai achetés. Cet argent vient de mon salaire. Mon salaire vient de mon travail. Mon travail sert à me nourrir. Pourquoi travailler pour finir par se nourrir, s’il suffit de produire/chercher soi-même sa nourriture ? Parce que aller la chercher/produire est fatigant, et ça prend du temps. Je préfère laisser ceux qui aiment ça le faire. Moi je fais peut être quelque chose qui leur plaira et, en échange ils me donneront leur produits.

Suffisamment ? Non, bien sûr, je leur demanderai juste ce qu’il me faut pour manger. Après tout le moins je me fatigue, le mieux je me porte. Donc autant acheter le strict minimum.

Mais si ce minimum est plus qu’il ne leur suffit à eux pour se nourrir ? Ben, c’est pas grave, je demanderai aussi à un autre qui fait la même chose que lui. Et s’il n’y en a pas ou s’ils sont tous dans la même situation ? Ben, je ferai pression. Je proposerai un prix plus élevé pour la même marchandise. A un moment, ils diront oui. Ils croiront faire une bonne affaire en demandant un prix plus élevé que ce que le produit mérite. Mais ils me donnent à manger. C’est ce que je voulais, je l’ai eu. Ils ont eu mon argent, ils croient qu’ils y ont gagné. Sauf que leur voisin fera la même chose, et, pour les dépanner, les volera lui aussi pour pouvoir manger.

Et si la pénurie continue ? La pression augmentera. Forcément ! Il y a pénurie, donc la matière est rare, donc il y a moins d’aliments pour nourrir la même quantité de personnes. C’est n’est pas possible ! Ca peut marcher un moment, mais si ce moment dure trop, l’ensemble finira par être trop faible et perdra devant plus nourri que soi ou finira par mourir peu à peu.

Le système ne peut pas accepter de faiblir comme ça. Le système ce n’est plus une personne qui a faim, c’est une multitude qui a peur, qui s’est regroupée dans un système qui protège chacun de ses éléments mais ne garantit pas la survie de tous ses membres. Il garantit la survie de la plupart d’entre eux. Statistiquement, chaque élément du système a plus de chance de survivre, quel que soit le système, plutôt que d’aller chercher lui même à chaque fois sa nourriture.

Le système garantit la survie du plus grand nombre. Tant pis pis pour ceux qui, statistiquement, en payeront le prix. Ce prix sera d’autant plus élevé que le système finira un jour où l’autre par oublier la raison même de son existence. Le système, sa raison d’être c’est de nourrir les éléments qui l’ont adoptés ou auxquels il s’est imposé. Ce système, fatalement, il oublie qu’il est là pour les nourrir. Il vit et avance pour se nourrir lui même. Il y a de plus en plus de ses éléments qui vivent de mieux en mieux en laissant de moins en moins de personnes faire le travail réel.

Cette situation ne peut pas durer. Un jour ou l’autre, ça devient tellement caricatural qu’il y en a qui finissent par se dire qu’avec tous les efforts qu’ils fournissent pour se nourrir et nourrir tous les autres, et bien ces efforts ils seraient moindre si on repoussait ceux qui veulent être nourris par notre travail. Et c’est la révolution. La révolution, c’est ce qui arrive quand un système a totalement oublié sa raison d’être. Ca arrive parfois un peu avant (regardez Rome, qui, partie de la louable idée de protéger sa ville, s’est tellement étendue dans le monde qu’elle a fini par disparaître sous les barbares, alors que si, cet effort elle l’avait fait pour soi, elle serait encore. Différente sans doute. Mais elle existe. Rome existe encore. C’est un autre système qui a réussi. L’autre était devenu si corrompu, qu’il a fini par oublié pourquoi il existait et c’est un autre, « meilleur » qui a pris sa place. Mais « meilleur » c’est un jugement. Et vous savez ce que j’en pense !).

Une révolution donc est ce qui fait qu’un nombre d’éléments chanceux, chanceux parce qu’ils ont la chance de survivre à la révolution, ces chanceux donc, vont s’empresser de détruire le système précédent et en imposer un autre, moins injuste (ils ont appris que ça ne servait à rien à long terme de provoquer une révolution), mais qui leur profite quand même. Après tout, la révolution c’est eux qui l’ont faite. Si tous ceux qui bénéficient du nouveau système sont là, c’est à cause de leur effort qu’ils sont là. Pas à cause des autres. Il est donc normal que ceux qui viennent de faire la révolution pour le bénéfice du plus grand nombre, on leur en demande moins. Ils ont déjà tant donné pour le système. C’est grâce à eux qu’il est là.

C’est, par définition, trop. Le vers est dans le système !

Et voici comment, quel que soit le système qui remplace un autre, par une révolution sanglante, un pression religieuse (ET LA RELIGION C’EST QUOI SINON UN SYSTEME ?), des pressions financières, la famine, la guerre, l’extermination… tous ces systèmes croient sincèrement au moment où on les dépose, ils croient encore qu’ils font ce pourquoi ils ont été créés.

Ils ne se sont pas vus vieillir, ils ont oublié la raison de leur existence et se sont acharné à promouvoir le système au détriment du bénéfice du plus grand nombre. Et comme ceux qui les remplaceront n’auront aucune raison de s’en souvenir davantage (sauf prise de conscience collective, mais si rare – sinon comment expliquer les camps de concentration ? Il faut accepter qu’un système a trouvé « normal » que des juifs soient exterminés. Des bons pères de famille, des femmes, des savants, ingénieurs, boulangers, cuisiniers, chasseurs, tous ces gens là ont accepté à un niveau quel qu’il soit, ils ont accepté comme « normal » que les juifs soient gazés. Ils ont accepté peu à peu qu’on trouve le juif sale, qu’il a un grand nez, qu’il parle avec un accent, d’ailleurs le plus riche c’est lui, c’est lui qui profile le plus du système. TIENS, SI ON FAISAIT UNE REVOLUTION ?) Et voici un système, le nazisme issu de centaines d’années d’anti-judaïsme plus ou moins larvé, voici comment un système a créé dans un glissement infinitésimal de choses qu’il acceptait de plus en plus « normales », des camps de concentration et les gazages de millions de juifs. Heureusement qu’à la révolution, la guerre qu’ils ont perdues, heureusement que le système qu’on a mis en place est bien meilleur que ça. On ne gazera plus jamais personne en démocratie !

C’EST UNE BONNE NOUVELLE !

Le système qu’on a mis en place est effectivement meilleur. Il n’ y a plus de régime qui se vante de persécuter un sous-ensemble de ses éléments pour une raison aussi futile que le fait d’être juif, arabe, arménien, noir, homosexuel… Non ce type de régime n'existe plus. Il existe encore des coins où ça peut arriver. Mais c’est des accidents. Plus ou moins grave. On ne peut pas plaisanter et dire que le génocide au Rwanda est un accident. Mais bon, le Rwanda c’est 500.000 morts (j’ai oublié le Cambodge et cie) et 500.000 morts à l'échelle de 6 millions c’est moins. On peut objectivement admettre que le système est moins mauvais. Il arrive encore que des génocides soient commis, mais ces génocides aujourd’hui le système les reconnaît, les intègre, les condamne, il juge ceux qui les ont faits.

Sauf que le système, il a oublié un truc. Il a renversé ou s’est construit en opposition à un système horrible qui avait dégénéré pour accepter l’idée de gazer des juifs.

Or aujourd’hui nous acceptons quand même le Cambodge et le Rwanda. Notre système les connaît, il les a intégrés. Ces massacres, ils ont eu lieu. Ils ont tué des millions de personnes. Ces personnes sont mortes pour (ou contre) une cause quelconque (famine, choléra, guerre, terrorisme, etc.) et cette cause, le système aurait dû la prévoir et faire en sorte qu’elle n’arrive pas.

Mais aucun système n’est infaillible ! Il réussit quand même à sauver le plus grand nombre !

AH, TIENS ? J’AI DEJA DU ENTENDRE ÇA !

Aujourd’hui, n’importe quel homme civilisé est rempli d’horreur à l’idée qu’un système, le nazisme, ait abouti à l’Holocauste. Cette idée a pourtant très bien été vécue et amenée par le système Nazi !

Et aujourd’hui notre système nous a permis, endormis, d’accepter avec plus ou moins de mauvaise conscience, que le Rwanda ou le Cambodge aient existé et que personne n’ait rien pu faire ! Ben forcément, personne ne pouvait empêcher le Cambodge ou le Rwanda à lui tout seul !

Sans parler du problème du Moyen-Orient qui a perverti de façon périlleuse le principe même de la démocratie et dont la perception se propage à la vitesse à laquelle se propage la connaissance

TOUT SEUL ? NON.

A PLUSIEURS ? PEUT-ETRE ?!

LE SYSTEME ENTIER ? SUREMENT !

Que vaut le système alors pour avoir accepté ça ?

Tiens, toujours l’Eloge à la folie « … En un mot, allez partout où vous voudrez, chez les papes, chez les princes, chez les juges, chez les magistrats, chez les amis, chez les ennemis, chez les grands, chez les petits, partout vous verrez qu’on n’a rien sans argent comptant ; et, comme les sages méprisent l’argent, il n’est pas étonnant que tout le monde les évite. »

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