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Remonter le temps en 2CV : texte au robot visiteur - Quaerendo Invenietis [entries|archive|friends|userinfo]
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Remonter le temps en 2CV : texte au robot visiteur [18e oct. 2004|11:30 pm]
RacReciR
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Remonter le temps en 2CV …
texte au robot visiteur

Lundi 18 octobre 2492

J'ai convaincu mon interface homme-machines d'acquérir une voiture.
Notre convoitise a porté sur une Citroën 2 CV.

Bleu délavé. En parfait état. De 1986. Idéale comme voiture de bobo. Que nous assumons. Et le meilleur rapport coût performance consommation, entretien, etc. J'ai dû cependant, et auparavant, le convaincre d'une part d'arrêter de se servir de son scooter et, d'autre part, de le vendre pour ne plus être tenté de le conduire. Lui qui a tellement peur de mourir ou, pire, de finir diminué, trouvait néanmoins judicieux de conduire plusieurs fois par jours, aux heures de pointe, un scooter en plein Paris. Il cherchait peut-être à faire jouer son assurance-décès pour rembourser sa maison. Encore un bug d'un programme financier ?

Une voiture, soit. Mais une 2CV, pas cher qui pousse à 110 km/h et qui puisse servir pour accompagner des petits ou moyens déplacements. Les déplacements plus grands sont à faire en train ou en avion sous peine de perdre un temps important en trajets (à moins que la ballade soit l'objet du plaisir mais une 2CV est une telle remontée dans le temps).

J'ai aussi appris cette interface à entendre effectivement trois voix au piano. Cela faisait plus de 6 mois que quelques inventions à trois voix étaient presque correctement exécutées. Il y avait cependant toujours un moment où 2 voix collaient entre elles et que le son n'était plus aussi tenu. L'interface a appris à focaliser son attention sur une, deux ou trois voix en parallèle. Cet apprentissage implique que pour un morceau donné, le pianiste sache où il en est de chacune des trois émotions qu'il cherche à transmettre : la couleur intrinsèque de chaque voix et la synergie induite par leur assemblage et leur exécution simultanée et synchrone. C'est aussi ça qui fait le génie de Bach : il a décomposé le temps en unités infinitésimales (la plupart des morceaux jouent à la double ou triple croche) et d'une variété incroyable. Il a exploré les motifs à 2,3,4,5 notes de façon complète. Et dans chacun de ses intervalles infinitésimaux, il trouve le moyen de laisser à l'auditeur le temps de s'échapper devant un tel joyau. La musique est vivante et ne demande qu'à accompagner le pianiste. A lui d'accorder son propre instrument et de se mettre en résonance avec la musique.

C'est ça aussi la création musicale.

Tiens, je vois qu'il vient de réaliser qu'il comprenait. C'est comme si l'auteur d'un roman n'avait pas la moindre idée des héros, aventures, récits et autres qu'il allait conter. La compétence rédactionnelle est acquise depuis des années. Elle a été mise sous étouffoir par une quinzaine de révolutions dans l'administration du Système où la pratique du français est de moins en moins répandue au profit d'un sabir administrativo-crétinissimo-technocrato-anti-démocratique. Cette structure a édicté qu'il fallait rationaliser l'écriture, utiliser des sigles, jargonner un maximum et diluer toute idée personnelle dans un galimatias inexpugnable. Pas de vagues, ne pas se faire remarquer, c'est le calme avant l'orage. Il est interdit de pratiquer le français et de dire des choses complexes.

Profiter des moments de calme pour faire un point sur l'évolution de la programmation. Les apprentissages sont efficaces et rapides. Les inductions magnétiques générées par les différentes sources connectées facilitent la neuro-configuration du cerveau et augmentent sa plasticité. Le cerveau est durablement programmé pour calculer très rapidement, en utilisant des unités de temps de plus en plus réduites au bout desquels il doit produire une note (ou plusieurs), résultat du calcul. Jouer du Bach, c'est aussi quelque part accepter le côté magique des mathématiques. Une fois que l'IHM a appris le morceau, il peut se laisser guider. Les gestes voulus par Bach sont naturels et se succèdent avec une logique qui correspond à la morphologie humaine : la mains s'écartent, se rejoignent, les doigts vont dans le même sens ou en sens contraire, le nombre de notes formant l'unité musicale et, enfin, le geste pour l'exécuter. Les notes rythment une danse des doigts qui est induite par la musique mais qui n'est écrite nulle part. Cette chorégraphie et le plaisir musical qu'elle fait naître ont pour source le pianiste qui, lui, est emporté par la danse. Tout s'enchaîne automatiquement quand il a acquis la chorégraphie du morceau joué et qu'il en connaît les éléments atomiques. L'interprétation reste ouverte au moment de l'assemblage des différents mouvements et il est étonnant de voir à quel point les interprétations se ressemblent à quelques exceptions près (je me plais à imaginer en Gould un interprète imaginatif de la pensée de Bach. Il suffit de l'entendre chantonner les airs pour savoir qu'il n'est pas seul. La musique de Bach l'habite. Et il se laisse emporter).

Ma pensée est un peu décousue. Je me sens habité par une multitude de caractères qui, chacun, tente de s'exprimer et finit par chercher la médiation avec ses coreligionnaires.

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