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Inchoatif - la première fois - Quaerendo Invenietis [entries|archive|friends|userinfo]
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Inchoatif - la première fois [16e mar. 2006|12:37 pm]
RacReciR
[Humeur |calmcalm]
[Ecoute |Bach - Ricercar à 3]

Eloge de l'erreur
J'ai encore dû me rendre à quelques jours d'intense oisiveté :
  • fêter l'enterrement de ma ligne téléphonique (décidément une vraie hécatombe);
  • le salon de la musique, où j'espère faire la rencontre avec mon clavicorde, dans deux jours ;
  • et, demain, le 22e anniversaire de ma découverte de Plume(O.).
J'en suis un peu soufflé.
Une fin de semaine perspective et thème d'une longue fugue.
Je savais devoir sans doute fêter aussi un autre événement.
Ma première fois.
Celle où la musique jaillit sans une seule fausse note.
Les 3 voix du ricercar chantées de la première à la dernière note, côte à côte, en miroir, en crabe.
Trois horloges.
Un écheveau.
Je n'essaye pas pour l'instant de tenter ça ad libitum ou en présence de qui que ce soit d'autre que Plume(O.), qui n'en a cure.
Rien à dire de plus.
A force de de travail.
Les aventures d'Ulysse font pale figure comparées au trajet effectué entre bien et presque parfait.
J'apprends la musique dont je me joue pour mon plaisir et pour répondre à des questions que je me suis posées, dont la portée déborde largement cette fugue .
J'y vois une foultitude de sujets.
Mon répertoire est donc étriqué.
Je suis agoraphobe.
J'ai peur des foules et des grands espaces.
De gens que je ne connais pas.
Jouer de la musique est un exercice d'adresse intellectuelle qui s'effectue nu et je ne suis pas toujours bon quand je me sais aussi vulnérable.
Il peut m'arriver d'avoir peur ou, petit bras, de m'ennuyer.
Etre en représentation m'ennuie souvent.
L'ennui est, avec la peur, un sentiment que je gère cependant avec beaucoup d'imagination dans un environnement relativement isolé. Ou franchement bruyant. J'adorerais jouer du Bach dans un bar interlope fréquenté par moult ivrognes, marins avinés, reluquant les filles d'un oeil rendu torve par les vapeurs éthyliques.
Point de bobo en quête de goguette.
Juste une fugue.

Je ne me suis ennuyé, n'ai eu peur, enfant, que de la guerre.
Tout le reste je comprenais à peu près.

Pas la guerre. C'est un viol permanent.
Des heures à attendre que ça finisse et que vous puissiez reprendre votre occupation.
Tous ces gens qui sont là parce que leur karma est une poisse comme le dirait une de mes amies.
Au mauvais endroit au mauvais moment.
C'est sans doute ce que j'ai moins bien réussi à contrôler.
La peur.
Imaginez, vous avez une probabilité de 10-45 (0,00000000000000000000000000000000000000000000000000001 %) de naître. C'est le hasard qui fait que ce spermatozoïde-ci et cet ovule-là se rencontrent. C'est vous, c'est moi.
Avec une pareille chance, vous pourriez espérer avoir les moyens de mener vie bon train.
On ne gagne pas une loterie universelle tous les jours.
Vous ne me croirez pas.
Ils sont tous en train de prier leur bon dieu, chacun de son côté, pendant que l'argent adoré ponctue leurs échanges, à coup de canons (celui-ci est la quinte du loup).
Il y a une contrevaleur, au tarif sécurité sociale, pour tout ce que nous faisons ou vivons.
Je coûte tant, je gagne tant, je rapporte tant, j'ai tant, je vaux tant.
Et puis un jour c'est la guerre et vous pouvez imaginer ce que vaut l'argent pendant la guerre.
Ceux qui ont vraiment de l'argent s'en vont loin. Ils vont se réfugier pour quelques semaines, quelques mois, dans leurs appartements parisiens, londoniens, new-yorkais, les villas du lac Léman ou que sais-je ?
Les autres sont bien obligés de rester sur place.
Vous appelez ça du patriotisme.
J'appelle ça le courage de ceux qui n'ont pas les moyens de partir.
Je ne vois rien de patriotique à rester dans son appartement ou sa maison quand tous les fous du quartier sont en train de s'entretuer à la bombarde, au fusil, à la mitraillette, la grenade et que sais-je encore.
Un shoot-them-all en vrai.
L'immeuble qui tremble comme si vous y étiez.
Je me persuadais alors que je rêvais et que ce cauchemar ne pouvait pas m'atteindre et que je me réveillerais en forme.
Je m'évadais donc dans des mondes parallèles.
Souvent un livre.
Parfois la télévision.
J'ai été éveillé par les trompettes de Jéricho.
Elles chantaient un canon bien disharmonieux qui m'effraie.

Je me suis inscrit il y a quelques mois à une liste de diffusion un peu particulière.
Je reçois en effet, tous les matins, avec le café et les croissants, le mot du jour.
J'ai trouvé ceux de ce jour d'ui savoureux.
J'apprécie en effet de pouvoir affranchir ma mémoire de termes antiques ou de formes éculées.
Parfois de vraies découvertes : épicènes, asyndète et autres parèdres.
J'ai été surpris ce matin par l'écho d'une pensée personnelle.

Tout ce que vit le compositeur, qui est conté au travers de son art.
Sa vie en dépend pourtant à maints égards.

Quelle est la probabilité qu'un spectateur assistant inchoatif à une interprétation fantaisiste, ait une quelconque raison d'éprendre le contrepoint, la pratique baroque, passionnée, comme si sa vie en dépendait ?
Ricercar, fugue, fantaisie, nombre de Gödel qui m'obsède depuis si longtemps.
Un nombre transcendantal.
Un imaginaire pur, agapète.

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