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Clavicorde, un lié plein de mordant - Quaerendo Invenietis [entries|archive|friends|userinfo]
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Clavicorde, un lié plein de mordant [20e mar. 2006|01:50 am]
RacReciR
[Humeur |mordant]

mon clavicorde


Parti à sa rencontre, j'ai finalement découvert mon clavicorde vendredi matin, à l'ouverture du salon de la musique. Le seul qui fût, caché sous un clavecin, parmi des milliers d'instruments  (conçu par Martine Argelliès d'après le modèle Gottlieb Hubert, facteur du XVIIIe).
Il a cependant fallu que je m'arme de patience et attende les aurores du lendemain avant de pouvoir en écouter le son.
Le clavicorde a en effet pour propriété de développer un chant mélodieux mais très ténu. Une ampleur de son tout à fait inhabituelle pour le quidam du XXIe siècle, habitué à des volumes élevés.
Beaucoup plus faible que celui d'une guitare sèche notamment.
Le moindre éclat de voix couvre son chant.
Inutile d'espérer entendre le moindre son dans un salon, entouré de centaines d'instruments (flutes, violons, violoncelles, clavecins, épinettes, pianos, orgues, etc.) dont le charivari m'a rapidement brouillé l'écoute.

Je me suis donc retrouvé au clavier, samedi matin, avant l'heure d'ouverture du salon au public, l'oreille tendue pour étudier le spectre sonore développé.
Les harmoniques sont d'une richesse et d'une texture que la modeste taille de l'instrument et l'ampleur du son rendent insoupçonnables.
Bien que n'ayant pas la technique adaptée à l'instrument, j'ai rapidement senti mon coeur battre la chamade. Subjugué par le chant tenu de la sirène, je n'ai quitté le stand qu'avec la promesse que l'instrument serait dans mon salon, sitôt celui de la musique tenu.

Ce n'est que le dimanche, à 22 heures passées, que j'ai enfin pu y tester mes inventions.

J'ai donc voulu accueillir dignement mon instrument en lui tenant compagnie pendant une grande partie de cette première nuit où j'ai préféré son toucher au voyage qu'avaient entamé Plume(O.) et Hercule(E.) dans les bras de Morphée.
Le clavieriste amateur que je suis a ainsi passé une partie importante de sa première nuit se mordant les doigts, incongrument baladeurs.
J'ai en effet rapidement compris à quel point le clavicorde est exigeant.
Il ne laisse passer aucune imprécision dans le jeu.
Tout s'entend, la moindre fausse note, la touche mal attaquée, le toucher indélicat, la tenue légère...

La mécanique d'un clavicorde est relativement simple: à l'extrémité de chaque touche est plantée une tige en laiton qui, par effet de levier, vient frapper deux cordes tendues à l'unisson.
La faible surface de la table d'harmonie rend cependant impossible de disposer d'autant de doubles-cordes qu'il n'y a de touches (56 touches sur le modèle exposé). Aussi, la plupart des notes aiguës sont liées (legato). C'est-à-dire qu'une même corde sert à jouer deux notes successives : do-do# ; ré ; mib-mi ; fa-fa# ; sol-sol# ; la ; sib-si (7 cordes pour jouer les 12 demi-tons).

Il est donc impossible de jouer beaucoup d'accords qui comprendraient des notes séparées par un demi-ton.
L'oeuf ou la poule ? Ce cas ne se présente pas dans le contrepoint.
Il existe cependant de nombreux cas de figure où des gammes, suites chromatiques ascendantes ou descendantes sont jouées.

J'ai ainsi rapidement compris l'origine du mordant : jouer le Do alors que le Do# n'a pas été complètement libéré par le doigt amateur est immédiatement sanctionné par l'instrument : la corde qui est en train de vibrer suite à l'action de la première tige de laiton vient être simultanément frappée par une deuxième tige.

La sinusoïde formée sur la portion de corde tendue entre les deux tiges de laiton est très rapidement amortie, mais reste parfaitement audible et forme le mordant qui est distinctement perçu par l'oreille (le Do# qui se transforme en Do accompagné, pendant une fraction de seconde, du son produit par l'oscillation entre les deux tiges).
Le rebond de la tige renvoie un choc au doigt qui a indûment enfoncé la touche, le mordant.
D'où son nom.
Une histoire pleine de mordant est donc une histoire à rebonds. Plein de fausses notes.

Il me tarde cependant, mon labeur achevé, de quitter ce clavier pour l'autre en contrepoint.
Sanctionné par un maître-chanteur, juge incorruptible et si doucement impitoyable.

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