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Ne pas toucher à la corde sensible - Quaerendo Invenietis [entries|archive|friends|userinfo]
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Ne pas toucher à la corde sensible [9e avr. 2006|08:17 pm]
RacReciR
[Humeur |bouncybouncy]

table d'harmonie
Cela faisait deux semaines que mon clavicorde me taquinait en usant d'une seule corde pour chanter le Do et le Mi de l'octave centrale.
Celle dont je me joue tout le temps.
La rupture est en effet rapidement intervenue : à peine achevée la nuit où je l'avais accueilli en grandes pompes.

Chaque note est en effet chantée par une tige de laiton qui frappe deux cordes à l'unisson (la résonance induite par ce choeur permet au son de gagner une certaine ampleur - toute relative comme vous en conviendriez en l'entendant).
Javais en effet décidé de réaccorder l'instrument selon le tempérament supposé de Bach et, idée saugrenue, j'avais voulu en profiter pour ramener le diapason de 415 à 440 Hz.
Je souhaitais en effet hausser le demi-ton afin de pouvoir comparer directement le tempérament du clavicorde au caractère égal du piano qui le jouxte.

J'avais, en son temps, accordé régulièrement l'épinette que j'avais acquise dont les cordes en fer en avait vu d'autres et jamais, en trois ans de tripatouillages plus ou moins harmonieux, ne m'avait-elle donné de fil à retordre.
C'est donc avec la même désinvolture que je m'attaquai clef à la main au clavicorde et, le premier quart de tour donné, j'entendis un "boink" qui me signala que mon Do ne tenait plus qu'à un seul fil.
Je n'imaginais pas à quel point des cordes en laiton pouvaient être fragiles et s'accommoder difficilement avec ma brutalité de néophyte.
Pâlissant à l'idée de réitérer cet exploit sur la corde de rappel du Do, je tentai le Ré et, visant manifestement à côté, je me trompai de clef et tordis la cheville du Mi qui se rompit (je n'étais alors pas d'humeur à goûter ces allitérations).
Il me fallut un petit quart d'heure avant de reprendre contenance et, toute honte bue mais néanmoins penaud, je téléphonai à la factrice pour l'informer de mes exploits et, incidemment, lui demander de bien vouloir me faire parvenir des cordes de rechange afin de ramener l'harmonie aux choeurs de l'instrument.

Ce n'est que ce vendredi que l'enveloppe tant attendue se trouva dans ma boîte.
Une demi-douzaine de cordes de section différente dont 3 pour remplacer le Do et le Mi que j'avais brisés.
Deux pages d'instruction pour expliquer comment s'y prendre pour passer la corde au cou de l'animal rétif que je lus et relus avec une certaine appréhension.
Je n'avais donc qu'une seule corde de secours : 3 cordes de rechange pour 2 à remplacer.

Samedi matin, armé d'un tournevis et de la clef d'accord, je m'attelai à la délicate tâche consistant à démonter la plaque de bois qui fait office d'étouffoir et qui donne accès aux chevilles de fixation.
Premier incident après dix minutes et, où à peine tendu, le Do rompit alors même que le son qu'il tenait était encore au Sol du dessus.
Boink à une quarte de l'accord idoine.
Re-coup de fil à la factrice qui m'expliqua que trop de précipitation nuit.
Poser et commencer à tendre la corde de laiton puis lui laisser le temps, une demi-heure minimum, de se faire à cette tension inhabituelle.
Le dernier ton est en effet particulièrement délicat à atteindre et il faut y aller avec une lenteur et une délicatesse dont je n'étais manifestement pas coutumier.

J'ai mis à profit ces temps de repos imposés pour, m'armant de la palette qu'avait ramenée Plume(O.) et haut en couleur, délicatement peindre a tempera les chevilles d'accord en associant un ton à chaque couleur.
Question d'éviter désormais les tensions supplémentaires en prenant cheville avec une mauvaise clef.
Ce n'est que ce dimanche soir que j'ai enfin pu accorder le Do et le Mi à l'unisson de leurs jumelles.
Le prélude en Do et tous ses arpèges qui courent le clavier m'ont permis de vérifier que j'étais à peu près d'accord avec le tempérament induit.
Nul doute que cette unisson sera perdue demain et qu'il me faudra finir de jouer sur ces cordes sensibles.
J'aurai été cependant prévenu : ne pas briser le fil ténu qui colore la table d'harmonie.
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