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Pélerinage - Quaerendo Invenietis [entries|archive|friends|userinfo]
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Pélerinage [18e juil. 2006|02:07 pm]
RacReciR
[Humeur |contemplativecontemplative]
[Ecoute |Bach - Fugue en Do Majeur]

J'ai fait une fugue aujourd'hui.
Assommé par le début de génocide qui a lieu au Liban, j'ai du mal à organiser mes pensées.
Aussi, pour distraire mon attention focalisée sur les différents moyens de communication mis à ma disposition, je me suis assis au piano.
J’ai entamé la fugue en Do Majeur du premier livre.
Une fugue à 4 voix.
Ma première.
Après une bonne heure de travail, je me suis accordé une petite permission : les prélude et fugue en do mineur.
Je les ai appris récemment et, bien qu'il y ait encore à stabiliser l'ensemble, j'ai compris et retenu uin algorithme.
Exécutant un algorithme, il m'arrive ainsi de me laisser aller au piano.
L'imaginative à la dérive.
Je me suis alors retrouvé plongé en enfance.
La maison à la montagne où nous estivions.
Il fait trop chaud en été à Beyrouth, aussi la plupart des familles estivent.
Les plages et les montagnes, destination et résidence d'été de tout ce qui compte dans la région.
Courtes distances, diversité des commerces et loisirs, vie nocturne intense, étendues de plages exploitées ou non, sites magnifiques, accueil généreux et langueur méditerranéenne.
J'ai entendu la pinède des montagnes,  j'ai humé leur parfum, j'ai vu les petits chemins qu'enfants, ma soeur et moi arpentions, un bout de bois à la main pour défier la Terre.
Le berger, assis sur un rocher à l'ombre, entouré de centaines de brebis bigarrées.
Les grelots des colliers tintinnabulant à qui mieux mieux.
Et nous passions des heures parmi ces bêtes cependant que la dame qui nous accompagnait faisait causette au berger.
Il me souvient même les avoir vu aller quelques instants de l'autre côté du rocher. D'où l'on n’est pas vu.
Puis retour à la maison.
Nous occupions le dernier étage d'une maison avec un grand jardin.
Ma soeur, ma mère, ma grand-mère, la dame qui nous servait et moi.
En dessous de nous ma tante, son mari et sa mère et ses deux puis trois enfants.
En âge de jouer avec nous.
En dessous le jardin dont une partie sauvage.
Nous avons passé des moments mémorables.
Les plants d'haricot, de petit pois et autre salade amoureusement arrosés.
Les habits déchirés par les ronces, les genoux en sang pour atteindre les magnifiques figues du voisin jouxtant la propriété.
Les tortues dénichées dans un fourré et promues, ipso facto, domestiques et membres honoraires de la famille.
Les courses de vélo, les parties de marelle. Oui, j'ai aussi sauté à la corde !
D'interminable parties de Monopoly ou de cartes où je trichais éhontément.
Les chiens errants que je ramenais et dont ma grand-mère se débarrassait en demandant aux éboueurs de l'emporter.
Et la vue, magnifique, depuis ma chambre à coucher, sur les coteaux du Liban et cette cascade de vallons qui accentue ce vert jusqu'au turquoise de la méditerranée dans laquelle ils se meurent.
Pendant qu'une partie de ma famille est en train d'être évacuée, que l'autre se terre à la montagne, me sont revenus au piano, à Paris, ces moments paisibles.
Beaucoup d'émotion donc puisque je me préparais à les revivre dans le réel et que c'est mon imaginaire, virtuel, qui me les restitue tels que je sais qu'ils ne seront plus jamais.
J'ai aussi réalisé que, cette fois-ci, j'allais avoir beaucoup de mal à pardonner.
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