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Faible avec les forts et fort avec les faibles - Quaerendo Invenietis [entries|archive|friends|userinfo]
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Faible avec les forts et fort avec les faibles [16e aoû. 2006|11:55 am]
RacReciR
Ainsi donc, notre nabot de l'intérieur, frais émoulu de ses vacances médiatiques revient faire le matamore au 20 heures pour expliquer à la France engourdie que, selon ses estimations, seules 6000 familles clandestines sur 30000 seraient régularisées à la suite de la grande campagne de recensement qui a pris fin la semaine passée.
Il en escomptait 20000, il y en a eu 30000 de déclarées. Il avait donc généreusement prévu 6/20 de reçus, il y en aura 6/30. Les autres ne rempliraient pas les conditions de la circulaire (quel joli mot, circulaire, pour décrire les processus administratifs : "qui tourne en rond, de bureau en bureau, pour revenir au point de départ").
Qu'il y ait un certain nombre de personnes qui ne remplissent pas ces conditions n'est pas étonnant en soi.
On s'adresse ici à des étrangers, en situation irrégulière, à qui l'on demande de prouver des années de présence sur le territoire national, une vie de famille, du travail, les enfants à l'école et tout et tout.

Petit vade mecum à l'intention des futurs candidats à la régularisation : demander un reçu daté au passeur qui vous a fait entrer. Penser à faire attester votre présence sur le territoire chaque trimestre auprès d'un huissier. Garder factures, photos, chèques, etc. On ne sait jamais, ça pourra servir.

Je ne vais donc pas chipoter sur les chiffres puisque je ne suis pas au fait des dossiers et n'ai pas l'ombre d'un début d'idée des innombrables cas de figure qui se sont présentés à la régularisation.
Mettons-nous plutôt  dans la peau d'une de ces familles.
Comment ça "pas de ça chez nous " ?
Juste quelques minutes, le temps de lire ce billet, nous irons ensuite vaquer à notre quotidien. Promis !
Et restons donc sur les grands principes.
30.000 familles, jusqu'ici dans la clandestinité, ont bravé la peur pour elles et leurs enfants (il y a forcément des enfants scolarisés dans tous les cas de figure) pour se rendre à la préfecture et y retirer un dossier.
Elles ont donc dû y indiquer leurs nom, prénom, adresse, école où sont placés les enfants, l'endroit où Monsieur et Madame travaillent, etc.
Braver toutes leurs peurs.
La peur au ventre depuis des années à l'idée de tomber nez à nez avec une patrouille qui vous demande vos papiers.
La peur quotidienne quand les enfants vont à l'école, vont jouer avec leurs camarades ou sont simplement à l'extérieur (imaginez qu'un petit ait un accident ou qu'une dispute éclate, un chapardage qui nécessite l'intervention des autorités compétentes).
La peur et les conditions discutables de travail qui vous contraignent à accepter, avec le sourire (ça te plaît pas ? Il y en a 20 qui attendent ta place), les conditions de votre employeur : salaire, horaires, qualité et pénibilité des tâches, convivialité des collègues et employeurs, etc.
Les conditions de travail sont suffisamment complexes pour un autochtone, bien couvert par le droit du travail et les syndicats afférents, pour ne pas pouvoir imaginer les conditions de travail au noir (on peut bien sûr tomber sur des patrons humanistes, mais ça ne doit pas être Byzance tous les jours).
Il a donc fallu que ces familles bravent toutes ces peurs  et celles dont je ne peux pas imaginer la nature et aillent en préfecture, le saint des saints où sont logés les pandores ataviquement craints, pour décliner leur identité et espérer une régularisation.
Il faut une sacrée motivation pour cela, et quels risques encourus !

Et not' bon ministre, d'un revers de main (électoraliste et viril), de balayer toutes ces souffrances pour dire, a priori, à 80% d'entre eux : Tremblez misérables ! Nous savons qui et où vous êtes et nous irons peut-être vous chercher.

La France n'a pas vocation a créer un appel d'air pour tous les malheureux du Monde ?
Soit.
La France n'est cependant pas une île ou un havre de civilisation entouré d'une vaste jungle vierge.
Nous sommes en 2006, sur la planète Terre où, dans une majorité d'endroits, il ne fait pas très bon vivre.
Nous faisons partie des plus riches et la situation de déséquilibre et d'injustice dont nous bénéficions devient donc de notre responsabilité, à défaut d'être de notre faute.
De quel droit reprocherait-on à des malheureux qui ont eu la poisse de naître aléatoirement de vouloir améliorer leur quotidien ?

Il a fallu une sacrée pugnacité à tous ces gens pour pouvoir quitter leur pays, arriver en Europe puis en France, s'y installer depuis des années, y avoir des enfants scolarisés et réussir à mener une vie qui ressemble à s'y méprendre à celle de monsieur et madame tout le monde !

Il suffit d'allumer la télé pour voir les centaines de personnes entassées dans des barques de fortune en destination des îles Canaries. Des dizaines de morts chaque semaine. La situation est telle, dans leur pays, que ces gens "préfèrent" risquer la mort et les conditions d'irrégularité plutôt que de rester tranquillement chez eux.

Tous les pays d'Europe, Italie, Espagne, Belgique, etc., confrontés à des situations comparables, font le choix de régulariser toutes les x années les sans-papiers (quelle déchéance que cette dénomination négative pour des êtres humains) qui ont réussi à s'intégrer depuis de nombreuses années en dépit des vicissitudes et des aléas des contrôles au faciès.
C'est, en quelque sorte un processus Darwinien, un droit finalement octroyé à ceux qui ont réussi à tellement s'intégrer qu'ils ont pu se fondre dans la masse pendant 5 ou 10 ans. La société reconnaît alors qu'elle a intérêt à ce qu'ils fondent régulièrement leur avenir dans le pays puisqu'ils ont vocation (c'est le mot) à y rester. Du pur réalisme.

La France, pays des droits de l'Homme, grand donneur de leçons au monde entier, irait cracher à la figure de pauvres gens qui sont ici pour des raisons que nous ne pouvons même pas concevoir et qui, après des années de galère, nous ont fait confiance en sortant de cette clandestinité ?
Et se bercer d'une double illusion : croire d'une part que cela va endiguer les flux migratoires et, d'autre part, imaginer de surcroît que pareils traitements vont susciter de légitimes vocations auprès d'autres étrangers souhaités (les compatriotes de ceux que l'on chasse) qui rêveraient de venir faire leurs études ou être ingénieur, médecin, ou que sais-je en France ?
Jamais le taux d'étudiants étrangers n'a été aussi bas.
Regardez la situation des médecins étrangers dans les hôpitaux. Ceux qui vous soignent sont souvent des arabes mais bien réguliers et tout ce qu'il y a de plus intégrés puisque qu'oeuvrant dans un service public : ils sont sans statut, corvéables, sans possibilité de carrière et payés au lance-pierre. Leur grève a été mise entre parenthèse ce matin.
Et les mêmes de s'étonner que le Français et la France perdent lentement et sûrement de leur influence dans le monde.
L'aumône que propose le ministrion ne concerne enfin qu'un faible pourcentage des clandestins concernés : ceux qui ont réussi à fonder famille et à avoir des enfants normalement scolarisés. Tous les autres sont hors champs et continueront à raser les murs et plier l'échine.

6000/20000 ou 6000/30000 c'est pareil.
Au collège où j'ai jadis fait mes classes, avoir 6/20 de moyenne dans une quelconque matière était considéré par les bons pères comme éliminatoire. Il fallait alors présenter un examen de passage en septembre et la moyenne était exigée pour la matière défectueuse sous peine de redoubler sa classe.
Nous allons donc rapidement avoir l'opportunité de vérifier si le petit Nicolas va réussir sa session de septembre ou s'il va redoubler ses rodomontades.

Je ne vais pas sombrer dans la liste des talents divers, bien (et fièrement) Français aujourd'hui, issus de l'immigration.
Les immigrés normaux qui n'auront jamais le génie d'un Einstein ont autant le droit de vivre (avec leurs enfants) en France, fussent-ils mal nés. Ledit Einstein, au passage, était un cancre à l'école et, plus tard, obscur fonctionnaire au service des brevets jusqu'à la publication d'une étude qui a révolutionné notre vision de la physique et de l'univers.

Décréter d'un geste viril du menton que la misère du monde va s'arrêter à nos frontières et que nous n'acceptons de la subir qu'à la télévision ou à coup d'aides parcimonieusement distillées au tiers et au quart monde est purement suicidaire.
La France est le fruit de toutes ces vagues d'immigration plus ou moins bien vécues et notre naboléon de l'intérieur ne serait pas là à faire le fanfaron à la télé si, il y a quelques décennies, sa famille n'avait pas pu bénéficier de conditions favorables d'immigration.
Mais, sans nul doute, la situation de sa famille était-elle différente et justifiait-elle pleinement que la France lui ouvrît grand les bras.
Ce même bras avec lequel il claque la porte au nez de milliers de gens qui n'auront d'autre recours que la clandestinité la plus dure une fois leur dossier refusé et leurs identité et adresse connues des services de police.

"Faible avec les forts et fort avec les faibles", voilà une belle devise républicaine qui ressemble à s'y méprendre à la loi de la jungle.
Il y a un mot dans le dictionnaire qui définit cette attitude, je l'ai sur le bout de la langue.
Pfff
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