?

Log in

No account? Create an account
Eviter la facilité - Quaerendo Invenietis [entries|archive|friends|userinfo]
RacReciR

[ Amorçage | RiceRcaR ]
[ Réflexivité | moi je ]
[ Archives | Réminiscences ]
[ Piano | Radio blog ]
[ Youtube | Videos ]
[ Home | In Principiam... ]

Eviter la facilité [17e aoû. 2006|07:22 pm]
RacReciR
[Ecoute |Bach - ricercar à 3]

Au piano, il y a deux façons d'apprendre à jouer.
Le jeu qui est généralement enseigné consiste à établir une série de doigtés, que l'élève apprend.
Il apprend aussi, et en parallèle, une foultitude d'autres choses.
Dans le contrepoint, qui est la musique qui m'anime, il est important d'apprendre à chanter chacune des voix qui s'expriment.
Bach a toujours écrit pour des voix égales.
Il faut donc être capable, à un moment ou l'autre de son apprentissage, de les chanter toutes.
Individuellement.
Cela veut dire que l'oreille doit les connaître une à une, la voix, la mémoire, les doigts et j'en oublie sans doute.
Il faut par dessus cela être capable de synchroniser tous ces éléments. Les doigts jouent ce que la mémoire à évoqué, que l'oreille se prépare à entendre et que la main dessine sur le clavier.
Il est ainsi possible de dessiner en voulant être efficace.
Aller au plus court, au plus simple.
Parfois, certaines études de Bach laissent à penser celà.
Il m'a semblé que sa musique ne pouvait être résumée à de simples additions, soustractions, inversions ou je ne sais quelle autre figure.
La combinaison de tous ces éléments n'est pas la somme de chacune.
C'est un agrégat, une pièce de musique, vivante.
C'est aussi extraordinaire à voir respirer qu'un amas d'atomes de carbone, d'oxygène et d'hydrogène qui prétend réfléchir et porter un discours philosophique ou qu'un ordinateur qui se sait pensant.
Il faut donc rechercher la beauté du geste chez Bach.
Il y a parfois des doigtés simples qui réduisent singulièrement la pensée du compositeur.
Celui-ci a dépeint un tableau qui ne s'adresse pas uniquement à l'auditeur.
Le tableau s'adresse principalement à l'interprète.
Il lui tend un miroir.
A l'interprète donc de voir la finesse des traits esquissés.
Une plongée dans le XVIIe siècle. Un tableau aussi détaillé qu'un Brueguel avec ses petits personnages.
En Allemagne, après la guerre de 30 ans qui a dévasté le pays (près de 50 % de la population y est passé).
Vous comprendrez donc que le Libanais que je demeure, puisque né et grandi dans le pays du Cèdre, n'ait pas beaucoup de peine à se projetter dans un esprit aussi baroque.
Je reconnais les traits dans le miroir.
C'est parfois, souvent même, des traits embués d'émotions et de voiles (ainsi que le dirait une de mes amies).
Il est effectivement des émotions que l'on souhaite garder voilées.
Volontairement.
C'est même souvent l'objet de l'exercice.
La voix principale est voilée.
C'est la basse qui chante l'air le plus sérieux. Celui qui tonne de la voix du Dieu de Bach.
C'est donc elle qui véhicule la pensée divine qui a inspiré l'oeuvre.
In principium erat bassa.
La question n'était pas que Bach aimât ou non la guerre. Il ne l'a pas connue étant né plus de trente ans après la fin de celle-ci.
Elle avait eu lieu, des milliers de personnes étaient mortes et l'Allemagne était exsangue.
Ses effets ont bercé son enfance.
Il a connu la mort des ses parents, de sa femme et de dix de ses enfants.
Des douleurs brutales et cruelles.
Le plus dur en temps de guerre, pour un esprit qui se veut éclairé, est d'être capable de faire taire ses passions.
Quand c'est des proches, des amis, la famille qui subit l'événément, il est inévitable que les sentiments s'expriment.
Personne n'a envie que quiconque de son cercle d'intimes soit touché par la guerre.
Il faut donc être capable de reconnaître la tragédie de la situation, apprécier tous les moments de communion.
Il faut aussi éviter de hiérarchiser la tragédie.
La guerre de 30 ans a apporté autant de désolations individuelles et familiales que toutes les tragédies qui émaillent l'histoire de l'humanité.
Ca l'est donc autant de nos jours.
Cette guerre-ci a pourtant à peine duré 33 jours.
Et dire que c'est comme ça tout le temps quelque part sur la planète.
Toutes les souffrances individuelles sont identiques.
C'est aussi laid que ça à chaque occurrence.
Il est donc important que le chant tienne compte de celà.
"Pourquoi ?" est la question que Bach posait à son créateur.
La musique est la réponse.
Bach montre sa joie de vivre à tout moment.
Il faut savoir y puiser.
Bach a été la musique à l'état cristallisé. Un cristal dynamique cependant. Comme une chaîne de protéines qui se déroule sans fin en une double hélice que la musique accompagne en miroir.
LienRépondre