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Ricercar à 6 - Quaerendo Invenietis [entries|archive|friends|userinfo]
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Ricercar à 6 [11e sep. 2006|11:57 pm]
RacReciR
[Humeur |bouncybouncy]
[Ecoute |Bach - Ricercar à 6]


Je me suis fixé comme objectif, à court terme, d'apprendre à jouer 4 voix simultanées.
J'étudie donc la première fugue du Clavier Bien Tempéré, conçue à cet effet.
Soprano, Alto, Ténor et Basse, en Do Majeur.
Le baryton en herbe que je suis reste (é)perdu entre deux voix.
Bach y module le thème (24 fois) dans les principales tonalités.

Après des années d'entraînement, je parviens à entendre plus d'une demi-douzaine de voix sans forcer mon attention.
L'effort cognitif complexe qui est engagé dans la production du jeu induit cependant une saturation des capacités de calcul.
J'enrage d'être réduit à un univers à 3 dimensions, les voix simultanées que l'esprit veut bien dicter à mes doigts.
Il a donc fallu introduire une quatrième (qui me brouille l'écoute) dynamiquement.
Cet apprentissage est progressif mais lent et, après deux mois de travail, j'ai cerné les principaux éléments de cette fugue.
Il reste quelques lignes où le jeu relève de l'ahanement et du déchiffrage laborieux.
Mais les quatre voix sont presque là.
Il faudra de nombreuses répétitions pour stabiliser l'écoute, synchrone au jeu.

J'ai entrepris, en parallèle, de préparer l’ascension solitaire de l'Annapurna et sans oxygène.
Un challenge que je me suis fixé, défi suprême !
Le ricercar à 6.
Toujours l'Offrande Musicale.
C'est, à mon humble avis, la plus magnifique fugue qui ait jamais été inventée.
Je n'en connais pas de plus somptueuse, de plus folle et de plus intime.
6 voix qui tissent un kaléidoscope contrapuntique aveuglant que signe Bach à 3 mesures de la fin.
Le sujet de cette fugue est le thème royal qui anime déjà le ricercar à 3.
Bach s'en inspirera pour composer sa dernière oeuvre, inachevée, l'Art de la Fugue.
Le premier ricercar, à 3 voix, était le fruit d'une improvisation au piano-forte.
Bach, présenté au roi Frédéric II de Prusse, avait été prié d'en tester une dizaine et donner son avis quant aux qualités de ce nouvel instrument.
Le second ricercar, a, quant à lui, été conçu sur la table de travail.
De retour à Leipzig.
Après avoir enrichi son spectre sonore, au sommet de son Art, de longues heures d'écoute du piano.
Bach a ainsi composé la première fugue à 6 voix pour piano à partir des harmoniques qu'il avait perçues.
A cheval sur deux moments d’éternité : le baroque finissant qu’il incarnait et le romantisme chromatique naissant.

Je travaille la fugue à 3 voix dans ses détails depuis plus d'un an.
Un plaisir quotidien et une préparation longuement mûrie de la quête du ricercar à 6.
6 voix qui chantent le thème royal en élaborant une pensée et un schéma complexes.
Des développements beaucoup plus riches harmoniquement.
Bach séparait les voix dans son écriture.
Le ricercar a été composé sur 6 portées différentes.
Un même instrument pouvant jouer 1, 2,..., 6 voix, cette astuce d'écriture, en sus de la clarté du propos, lui permettait de combiner et de transposer voix et instruments en fonction des disponibilités ou de l'humeur.
Il existe ainsi de très belles interprétations du ricercar où 4 à 6 instruments différents chantent le contrepoint.
Webern a même procédé à un arrangement orchestral qui mérite d'être entendu.
La partition dont je dispose comprend, quant à elle, une réduction (une projection) des 6 voix sur 2 portées.
Plus pratique à lire pour un pianiste.

Cette fugue élabore donc un feu d'artifice qui se lit horizontalement, dans le temps, voix par voix, en même temps que verticalement, par la myriade de couleurs et de chromatismes qui jaillissent au gré de leur enchevêtrement.
Une matrice d'accords de 6 notes qui se succèdent chantant de toutes leurs harmoniques tout au long de 205 mesures.
Accords et dissonances incroyables où, par grappe de 6, les notes suivent leur voix en succession, préfigurant les envolées de Beethoven, Schubert, Debussy, Wagner, Schönberg...

Une pièce unique.
Un puzzle en 6 dimensions que je me suis donc engagé à apprendre, libéré de la contrainte du temps.
Passer du ruban de Möbius à la bouteille de Klein.
Entendre sa construction puis, cognitivement, la réaliser.
Il faudra maîtriser une quatrième puis une cinquième voix avant de pouvoir mener cette fugue à son terme.
Guidé par la progression des harmoniques.
Apprendre à chanter devrait aider le processus.
Voilà une idée réjouissante.
Pas l'ombre d'une frivolité.

Rêves d'une fugue éternelle.
Interminable voyage dans le temps.
Contrepoint labyrinthique où se hisse l'esprit
Enchevêtrement harmonique que je contemple, figé à quelques mesures de l'entrée de la quatrième voix.
Rythmées par un clavier.
Conduisant la pensée à des années-lumière de là.
Au travail !
Réflexions perpendiculaires et miroirs infinis en perspective.

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