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Catharsis - Quaerendo Invenietis [entries|archive|friends|userinfo]
RacReciR

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Catharsis [16e oct. 2006|08:29 pm]
RacReciR
[Humeur |aggravatedaggravated]

J'ai été agressé ce dimanche soir.
Je m'étais levé au matin avec la toux de stress.
J'ai appris à reconnaître cette toux sèche depuis des années.
C'est mon signal d'alarme personnel.
Et, hier matin, sans aucune raison apparente, au petit déjeuner, la toux était là.
Après avoir passé la journée à en chercher vainement les raisons j'ai, de guerre lasse, fini par l'oublier.
J'ai donc poursuivi une très agréable après-midi où, hasard des rencontres parisiennes, j'ai fait la connaissance d'un amateur de Bach et de Wagner.
Un mariage suffisamment incongru pour exciter mes neurones.
J'étais donc enfermé dans mes rêves et le RER qui me ramenaient chez moi, en retard pour dîner, quand j'ai aperçu deux jeunes hommes montant dans le wagon à Châtelet.
Tenues de zy-va avec survet à capuche, braillant dans le wagon.
Rien qui ne relevât pas de comportements ordinaires.
Une fois le tronçon central passé, les deux jeunes hommes se sont séparés et ont occupé des places sur deux bancs qui entouraient celui où j'étais assis (le wagon était plein), continuant à s'interpeller pendant le reste du trajet.
Ma paranoïa légendaire me disait déjà qu'ils étaient en quête d'un mauvais coup.
Je l'ai faite taire, me traitant intérieurement de vieux con raciste doublé d'un anti-djeun primaire.
Je descends à mon arrêt laissant les deux jeunes assis et, sans plus m'en soucier, sors de la station.
Il était 21 heures et j'étais en retard.
C'est donc d'un pas alerte que j'ai traversé le pont et me suis engagé dans la rue qui longe la voie de RER et qui me conduit chez moi.
C'est au coin de cette rue que j'ai réalisé mon erreur en entendant un pas se presser à ma suite et s'y engager.
Il n'y a aucune raison de se presser pour prendre cette rue.
Pas un commerce, la voie de RER d'un côté et la première habitation à 100 mètres.
Je ne me suis pas retourné, je savais qui c'était.
En dépit de tout, j'ai persisté à faire taire ma raison qui me disait de piquer un sprint pour, calmement mais toujours d'un pas assuré, continuer à remonter la rue que croisait une voiture allant en sens contraire.
C'est une fois passée la voiture que notre rencontre a été consommée.
Le jeune homme (un des deux du RER, le plus grand, me dépassant d'une tête) s'est porté à ma hauteur pendant quelques mètres puis m'a dit,  la main droite faisant bosse dans son blouson, "donne-moi ton argent".
Je lui ai tendu mon portefeuille lui disant qu'il ne contenait pas un centime et pendant qu'il vérifiait mes dires, j'ai réalisé que je ne voulais pas perdre ce portefeuille et son contenu (tous les papiers, les cartes de crédit et vitale à refaire ainsi que la carte grise de la 2CV).
J'ai alors retrouvé mon porte-monnaie au fond d'une poche, l'ai tendu au jeune homme en lui disant "tiens, c'est tout ce que j'ai" et me suis saisi de mon portefeuille qu'il a laché en prenant le porte-monnaie.
C'est à ce moment que je me suis enfin autorisé à piquer ce fameux sprint.
Il fut un temps où je visais les 12 secondes aux 100 mètres.
Un honnête coureur.
Je pense avoir battu mon record de vitesse.
J'ai pris la peine de vérifier que je n'étais pas suivi.
J'enrage cependant d'avoir oublié de mettre le chronomètre en route pour mesurer mon record.

N'ayant pas résisté à la tentation de raconter mon aventure à Plume(O.), ce divertissement à 3,5€ (le contenu de mon porte-monnaie) a occupé une partie importante de la soirée.
Il a fallu plus d'une heure pour calmer les inquiétudes et peurs irrationnelles de Plume(O.) et évacuer par la parole une partie du malaise induit.
Une bonne nuit réparatrice et, le matin arrivé, je me retrouve dans le RER menant à Paris aux alentours de 9 heures.
A peine le train parti, je jette un coup d'oeil furtif pour étudier mon entourage (le contenu du wagon) quand, à l'autre bout de la rame, j'aperçois  plongé dans un livre de poche, mon interlocuteur de la veille affublé d'un costume-cravate.
Je ne pouvais pas être certain que c'était lui mais tout m'y laissait penser.
J'ai changé de points de vue au moment où il a levé la tête et, balayant le wagon du regard, s'est arrêté sur moi un instant avant de continuer.
J'ai attendu qu'il me regardât directement pour croiser son regard.
La minute que nous avons passée à nous toiser d'un bout à l'autre d'un wagon, chargé à une heure de pointe, m'a ôté des derniers doutes.
J'ai eu la satisfaction mesquine de constater que ma vue lui avait coupé l'envie de lire.
Il a ainsi occupé le reste du trajet à me surveiller en m'évitant du regard.
Nous sommes descendus à la même station par des portes différentes, nous avons pris le même escalator à 10 mètres de distance. J'ai failli le suivre dans sa correspondance sur la ligne 14, pour savoir où il travaillait puis me suis ressaisi et ai continué ma route vers ma cellule.
Je préfère autrement poursuivre Bach et Wagner.

C'est durant la journée, ressassant en boucle les événements, que je me suis décidé à porter plainte.
Il m'a fallu trouver le commissariat d'où dépend mon domicile.
Constater que ces 400 mètres piétons sont à cheval sur le domaine de compétence de 2 commissariats de communes voisines dont aucune n'est la mienne.
Vérifier que chaque bout de la rue dépend d'un commissariat différent.
J'ai choisi le commissariat le moins éloigné : plus d'une heure de trajet pour y arriver.

J'ai donc longuement hésité puis me suis forcé à accomplir mon devoir de citoyen.
Porter plainte.
Je n'ai subi aucune violence, l'agresseur ne m'a même pas effleuré.
Il n'était pas question que je mette ma vie ou celle du jeune homme en danger pour un portefeuille, un téléphone ou je ne sais quelle breloque que je peux arborer.
Il n'était donc pas question d'en venir aux mains ni de résister d'une quelconque manière.
C'était néanmoins une épreuve moralement éprouvante.
Vulnérable.

Faire confiance implique de ne pas surinterpréter des situations a priori, ce qui était l'objet de mon billet de la veille, lui-même incongru.
J'ai donc laissé se dérouler, spectateur, tous ces signaux d'alarme qui me hurlaient le danger.
C'est la vraie raison, égoïste, pour laquelle je suis allé porter plainte.
Pour expier ne pas avoir vérifié à la sortie du RER que j'étais suivi.
Après analyse à froid, j'en ai conclu que j'avais été optimal à cette erreur près.

Après, c'était trop tard.
Je ne pouvais pas prendre le risque que le jeune homme, qui mesurait près d' 1,90m, fût plus rapide au sprint.
Pas sans lui donner un os à ronger, mon porte-monnaie garni de 3,5 €.
C'était tout l'argent que j'avais sur moi.
Je n'ai donc pas triché.

J'ai cependant dû faire taire provisoirement trois signaux consécutifs issus de mon moi primitif.
Normalement, devant trois éléments indépendants qui pointent dans le même sens, je prends une décision.
J'agis parfois même au deuxième.
Dans ces circonstances, irrationnelles, j'ai cependant appris à différer une décision hasardeuse.
Celle, par exemple, de piquer le sprint que mon moi rationnel me disait de lancer au moment où j'ai entendu les pas se presser derrière moi.

Pas d'absolution sans contrition.
C'est aussi pour avoir la conscience tranquille que je me suis infligé ce pensum qui, je l'espère, m'apprendra à éviter de commettre une autre bévue la prochaine fois.
J'ai en effet consacré plus de trois heures à remplir mon devoir civique (porter plainte est un devoir, faites-le vous comprendrez pourquoi).
Deux heures en bus, une heure au commissariat.
Le policier a gentiment pris ma déposition, m'informant qu'il le transmettrait à l'autre commissariat.
Il m'a remercié de m'être déplacé et je suis rentré chez moi.
Ces dernières lignes coagulent, une heure de plus, le processus de résilience et me permettent de tourner cette page réflexive et cocasse.
Je prie que mon ami aura la bonté de prendre un train plus matinal ces prochains jours. Ou changer de wagon
Je serais son obligé.

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