RacReciR (ricercar07) wrote,
RacReciR
ricercar07

Yellow submarine (Ut queant laxis)




Je me suis souvent demandé pourquoi le clavier des clavecins et autre clavicorde était blanc sur noir.
Et pourquoi c'était l'inverse qui avait été retenu pour les pianos modernes.
J'avais supposé jusqu'ici que l'inversion de la couleur des touches avait consacré le passage au romantisme.
Le contraste permet de montrer au public les mains qui courent sur un clavier blanc, aux touches bien larges, plutôt qu'un clavier noir, étroit, fermé sur les côtés (cachant donc les mains), offrant un faible contraste et une faible résolution spatiale.

C'est ce soir, de retour d'une soirée amicale à 2 heures et, profitant de cette heure supplémentaire, suspendu hors du temps, que j'ai réalisé mon erreur.
Je me suis assis au piano.
Un rêve qui s'exauce régulièrement.
Jouer du clavier de 2 à 3h du matin, voir le temps passer sans en perdre une seule seconde.
Savoir qu'il n'y a pas âme que cela trouble.

Seul veillait l'ordinateur dont l'écran, bougie des temps modernes, empêchait que le noir fût total.
Les quelques inventions que je projetais de tête, dans la pénombre.
Plume(O.) ayant rapidement décidé, quant à lui, de bénéficier d'une heure supplémentaire de sommeil, j'ai poursuivi le jeu quelques minutes avant de me retourner vers le murmure du clavicorde.
C'est de retour à l'ordinateur et son clavier dont je distinguais mal les touches pourtant éclairées par l'écran que j'ai réalisé que Bach, lui, disposait forcément d'un clavier qui avait été pensé pour jouer dans le noir.
Il faisait nuit, les enfants étaient couchés, une bougie, la lune pour toute lumière.
Un clavier noir, émaillé de feintes blanches régulières, dans le noir.

Le clavicorde.
Prélude et fugue en Ut Majeur.
Dans cette quasi-obscurité, je distinguais parfaitement les 23 notes altérées, blanches.
1 sur 2 en moyenne et, pourtant réparties en 2 groupes, l'un de 2, l'autre de 3 qui, virgules, balisant une octave, la fréquence qui double de proche en proche, divisent inégalement le clavier dans l'espace.
Le prélude s'y découpait comme dans un rayon de lune.
Parfaitement dessiné sur ces 56 touches.
Les noires, naturelles, invisibles, se déduisent à l'oreille des blanches qui les entourent.
Par addition ou soustraction.
Il est aussi plus économe de mémoriser 2 groupes de notes, bien séparés, composés de 2 et 3 tons successifs plutôt que de partir des naturelles.
L'apprentissage naît de l'exception.
L'oeil est attiré par la lumière, par interférence.
La feinte attire l'attention du cerveau.
Ce sont donc les touches blanches qui focalisent l'apprentissage.

Noir et altération vont de pair sur un piano cependant qu'un clavicorde montre la voie, en chuchotant.
Le passage d'une musique introvertie à une expression extravertie.
C'est d'autant plus vrai que ces touches sont blanches et larges alors que les noires sont fines, noyées dans le décor, le brillant de la laque.
J'ai ainsi imaginé qu'il était plus facile de jouer, me repérant sur ces points blancs, 2 puis 3 façons de lire la partition, 3 puis 2, ... et qu'il m'importait peu qu'il fît noir.
Une autre inversion.
Entendre la musique de Bach, dans le noir, permet d'apprivoiser sa peur.
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