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Le retour d'Ulysse - Quaerendo Invenietis [entries|archive|friends|userinfo]
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Le retour d'Ulysse [11e nov. 2006|07:07 pm]
RacReciR
[Humeur |curiouscurious]
[Ecoute |Bach - RiceRcaR à 3]

dodécaèdre ou dé à 10 faces
Le vieux chien, Argos, reconnut son maître le premier.
Ulysse, de retour à Ithaque après 20 ans d'absence.
La durée de son Odyssée.
Laissé pour mort, oublié de tous.
Juste à temps pour trouver, massée sous son toit, une foule de prétendants à la main de Pénélope et la pressant de choisir.
Sous le manteau d'un mendiant qu'il incarnait, il suggéra l'épreuve de l'Arc.
Epouserait Pénélope le valeureux guerrier, capable de bander l'arc d'Ulysse.
Seul, il y parvint et, avec la complicité de Télémaque son fils, d'Athena déesse de la guerre et de la servante Eumaeus, il fit fermer les portes du logis et abattit tous les prétendants.

La soif d'égalité masque que nous désirons n'avoir que des inférieurs et pas de supérieurs.
Mieux vaut perdre en apparence un combat, en faisant preuve d'une humanité qui donne des leçons en ces temps difficiles.

Pour former un groupe de rock, il suffit de connaître un premier accord, puis un deuxième et ensuite un troisième.
On peut s'arrêter là.
La pensée musicale est alors forcément limitée.
D'où mon désaccord (c'est peut-être facile mais néanmoins vrai).
C'est comme la musique de djeun qui bat les soirées actuelles : pim, pam, pam, pim.
Le même rythme de 3, 4 ou (quand la muse a mordu le mollet de l'artiste) 5 notes répétées en boucle à une fréquence allant de 100 à 200 pulsations minute, abrutissant de sons les oreilles qui se seraient avisé à traîner par là.
C'était déjà pareil quand j'avais 20 ans.
Tiens, pendant que j'y suis, un mot sur le dernier jeu à la mode.
Oui ces grilles de chiffres où sont noyés la plupart des gens que je côtoie pendant mes transports en commun.
Le zéro Kelvin de l'intelligence (sauf pour les personnes âgées que l'exercice mental préserve).
Caser les 9 chiffres dans des carrés contigus selon quelques règles élémentaires.
Le Sudoku enferme le joueur, généralement muni d'un casque qui bat la susdite musique, dans un univers réduit à 9 chiffres où ne se développe aucune espèce d'apprentissage, hormis l'addition et la soustraction.
Du vide pour l'esprit.
Addictif.

C'était l'objet initial du billet, inspiré par un dodécaèdre, saisi sur le lieu du travail.
J'ai cependant dû sonner le tocsin hier matin.
Le système d'alarme que j'ai mis en place après les dernières péripéties de ma mère s'est révélé efficace.
J'avais, après de longs mois d'hésitation, surmonté toutes mes appréhensions et, armé de courage et de patience, je me suis décidé à lui offrir pour son anniversaire un ordinateur portable.
Doublé d'un accès sans fils à l'Internet.
Le téléphone en sus.
Le grand saut.
Ma mère sur Internet.
J'avais le pressentiment que cet outil lui sauverait la vie et, à défaut, lui ouvrirait quelques fenêtres vers le monde qui l'entoure sans qu'elle ne soit forcée, son âge et sa santé déclinant, à le parcourir.
Je savais donc qu'il faudrait plusieurs mois de patience avant que ma mère utilisât correctement sa balise.
Lui apprendre à se servir d'un ordinateur, elle qui regarde un interrupteur avec méfiance, la secrétaire qu'elle a été pendant 40 ans n'ayant cependant pas de problème avec un clavier.
Les quelques fonctions de base qui permettent d'allumer, d'éteindre, de lancer telle application, un navigateur, une messagerie.
Surmonter la peur de la souris.
La guerre du Liban et sa rage de lire la presse libanaise pendant les événements ont accéléré le processus d'apprentissage

Passer du 19è siècle au 21è.
Depuis son dernier coma, et ces longues heures où j'ai cru l'avoir perdue, je lui avais donc imposé une règle de survie simple : un message tous les matins et tous les soirs.
La solution, provisoire, la plus efficace.
Elle habite seule à Paris et je suis en proche banlieue.
Plus d'une demi-heure pour intervenir en cas de problème.
C'est trop long pour être vraiment efficace.
L'alternative serait de la placer, ce dont il n'est pas question, ou de la loger chez moi ce dont il est encore moins question.
L'ordinateur, chien fidèle, m'apparaît comme un bon compromis.
J'y vois d'innombrables avantages :
1- l'inciter à s'en servir pour apporter quelques couleurs dans une fin de vie qui s'annonce aussi grise que prévu.
2 - assurer une fonction de veille active. Elle tombe dans un coma en quelques minutes, généralement au réveil, et la brutalité du processus lui ôte la capacité d'actionner un bouton ce qui  rend toute alarme inutile.
Comme elle se lève avant moi et que je me couche après elle, je peux réagir dans un délai minimal.
3- Cela m'épargne de l'appeler à tout bout de champ pour prendre de ses nouvelles.
Je m'astreins, en sus de cette surveillance passive, à l'entendre deux fois par semaine pour évaluer de vive voix son état général et m'assurer qu'elle ne rencontre pas de problème matériel particulier dont je doive prévoir la résolution le we où je m'astreins à un déjeuner quasi-systématique. Souvent un restaurant.
Il m'arrive cependant de sécher cette corvée hebdomadaire de temps en temps.
Je prends alors prétexte d'une invitation pour réclamer un peu de vacance.
A charge de revanche.

Il a ainsi fallu de longues semaines pour que la procédure fût au point.
Un message tous les matins et tous les soirs.
Alors, forcément, au début, ma mère a tenté ma patience.
Je l'ai rapidement convaincue que je ne plaisantais pas, n'hésitant pas à l'éveiller à minuit passée quand, de retour d'une soirée dont elle avait eu vent, je m'aperçus que ma boîte aux lettres électronique était vide.
Elle a donc fini par se plier de bonnes grâces à l'exercice, mettant l'occasion bi-quotidienne à profit pour me gratifier de quelques messages pétris d'un esprit qui procède du même rapport à l'humour que celui qu'entretient une théière avec la poésie.

C'est ma mère. Bon sang ne saurait mentir.
Tant qu'elle râle, c'est qu'elle a toute sa tête.
Une phrase suffit donc pour chanter le thème.
Et, ce matin, cependant que le café (turc, c'est la seule tradition que j'aie gardé du pays) et l'ordinateur se préparaient, j'ai consulté la messagerie.
Nous avions plaisanté au téléphone la veille au soir.
De message yok (non en turc).
Appel sur le téléphone ip : 45 secondes du ricercar à 3 puis messagerie vocale.
3 fugues successives, interminables, avant d'enchaîner les appels sur son téléphone portable.
Rien.
J'ai donc, à peine anxieux, lancé la procédure d'alarme.
La gardienne (qui dispose des clés) que je joins monte la voir et la trouve dans son diwan, comateuse.
Second appel à la famille qui, disposant d'une voiture, arrive chez elle en quelques minutes.
Après moult tribulations elle a fini par se retrouver en dialyse et, vers 18 heures a commencé à recouvrer ses esprits.
C'est l'heure à laquelle je suis arrivé après une journée de travail conclue par un cours de piano bien nécessaire.
Elle se souvenait que Bush avait perdu les élections mais de sa semaine à elle, rien.
Et, quart d'heure après quart d'heure, elle oubliait le présent écoulé.
J'ai déjà assisté à ces redémarrages à de nombreuses reprises.
J'en ai épuisé les charmes.
Je suis donc rentré vers mon piano et sa banlieue vers 20 heures, griffonnant dans un cahier, sachant que demain serait un autre jour.
Pas une seule seconde d'inquiétude.
Une répétition.
Interprétation laborieuse mais sans faute.
Du premier coup.

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