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Panem et Circences (soutien à la candidature aux J.O. "Paris 2512") - Quaerendo Invenietis [entries|archive|friends|userinfo]
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Panem et Circences (soutien à la candidature aux J.O. "Paris 2512") [28e fév. 2005|05:35 pm]
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Lundi 28 février 2492

Tiens, il râle aujourd’hui !

Je connais, je vis ce sentiment depuis des années entrecoupées par quelques lueurs vite étouffées.

Travail qui frise l’humiliation totale en échange d’un salaire qui, du coup, devient indécent au regard de mon activité (un Bac+8 chargé, à longueur de journée, de remplir des petites cases dans un tableur me semble être de l’« overkill » comme diraient nos amis anglo-saxons).

Je supporte inégalement d’y perdre des heures. Aucune somme d’argent ne vaut un tel amoncellement d’ennui … à l’état brute.

Plume (O.) a décidé une fois pour toute que le rôle de Saint Sébastien du travail me seyait à merveille et que c'est une donnée objective dans laquelle je me vautre avec complaisance.

Je n’ai donc pas le droit de me plaindre, de faire de l’ironie, de critiquer sous peine de provoquer un psychodrame (quel malheur, comment va-t-on s’en sortir, où suis-je, et toute cette sorte de sornettes).

Un espace de dialogue et de complicité s’est transformé en un salon où il est malséant de parler de certains sujets délicats puisqu’il n’y a rien de positif à en dire.

Je me retrouve donc dans la situation où je suis entouré de gens qui ont des activités qui les passionnent, qui s’y adonnent à fond et qui, hormis quelques – rares – moments d'empathie, ne souhaitent surtout pas m’entendre m’étaler sur ce que je vis (et qui s’étonnent que je ne sois pas bavard ou légèrement bougon. De quoi voulez-vous que je parle si le sujet travail ne doit être abordé que positivement alors que je vis dans un environnement kafkaien et que je ne peux en parler à personne même avec dérision ?).

Je n’ai donc que ces lignes à qui confier mon ire ce qui, vous en conviendrez, ne m’est que d’un réconfort tout relatif.

Et aimable de surcroît ! Moi qui passe mon temps à le regonfler.

Imaginez donc que votre pire ennemi, la méchanceté incarnée, l’immobilisme et le conservatisme teintés d’un despotisme arrogant, triomphe en ayant inscrit à son tableau de chasse les dix années de trophées que vous avez collectionnés et dont vous aviez fait don à la Collectivité.

Que vous le laissiez faire sans broncher... parce que cela vous est réellement indifférent.

C’est ce qui m’arrive.

J’ai l’impression de vivre dans une société qui récompense les méchants, les fourbes, les cruels.

Qui dit bravo aux tricheurs, élève une statue aux amuseurs publics et qui vilipende et considère comme des dangers publics ceux qui professent n’avoir jamais (ou dans des cas de légitime défense) menti, volé, extorqué, menacé, brutalisé…

J’assume sans aucun état d’âme d’être insupportable.

Je ne supporte pas l’injustice.

Quelle qu’elle soit. Où qu’elle soit.

J’ai donc quelque matière à râler en ce XXVème siècle. Nous devons être la première génération d’être humains qui a une vision planétaire et une connaissance, imparfaite mais possible et rapide, quasi-synchrone, de tous les malheurs du monde.

Les générations précédentes se sentaient concernées par les affaires qui impliquaient leur entourage plus ou moins proche.
Ou alors étaient partiellement informées ou encore avec des années de retard.
Je ne sais quelles excuses elles pouvaient avoir pour laisser s’accomplir tant d’iniquités.

Tout ce que je sais, qu’il est impossible au XXVème siècle, de mener une vie occidentale sans être au courant de ce qui se passe partout ailleurs.

Je suis en révolte perpétuelle : contre la situation dans le Moyen-Orient (la plus grande menace à la démocratie mondiale tant les principes d’humanisme et d’équité y sont bafoués. Et, après tout, mon IHM a vécu ces événements dont j’ai été témoin), contre la famine, la maladie, et je ne vais pas faire la liste des plaies décennales.

Et côtoient cela un étalage de luxe et une débauche de moyens dont l’indécence ne fait plus sursauter grand monde.

Nous sommes une génération pourrie qui n’a eu à se battre pour aucune des idées qui fondent la société qui la compose et qui, de pacifiste – ce que je suis et demeure – s’est peu à peu transformée en Île aux ânes (relisez Pinocchio).

L’Occident est un énorme lupanar qui jouit sur le dos du tiers et du quart monde.

Malheur aux faibles.

Malheur aux malades.

Malheur aux mal nés.

Vae Victis !

Chacun pour soi dans la recherche effrénée et institutionnalisée de son petit plaisir et confort personnels.

Tant pis si le prix à payer est de fermer les yeux sur les conditions réelles qui prévalent à la mise en place de ce lupanar.

Après tout qui va se soucier des conditions de vie des employés d’un parc d’attraction à part les syndicats de ce parc ?

Encore ! Du pain et des jeux. Toutes les dictatures du monde ont distrait les moutons de Panurge avec du pain et des jeux... en attendant l'abattoir.

La télévision puis l'Internet sont, à cet égard, des inventions méritoires qui finissent d'achever de noyer les derniers canaux d’échange et de communication.
Arrête de m’emm... avec tes histoires il y a la 43ème rediffusion des «ordonnateurs en vacance » ce soir (ou un match de … choisissez ce qui vous convient).

Si je vais dans un parc de loisirs, c’est pour m’y distraire et non pour défendre la veuve et l’orphelin et encore moins les conditions de vie des acteurs de ce parc.

L’ennui c’est que nous passons notre vie en nous absolvant tous les matins sous le prétexte que nul ne peut traiter, à lui seul, les problèmes.

Il en est même devenu indécent de poser un problème.

Essayez donc d’étaler vos états d’âme en une quelconque compagnie. On vous écoutera poliment la première fois, on hochera la tête aux endroits les plus pathétiques de votre récit, on aura un mot plein de compassion, on évitera soigneusement de vous proposer un quelconque soutien (autre que moral, ça ne coûte rien et ça n’engage pas à grand chose) et on amorcera désormais un détour soigneux de peur de croiser votre chemin, par crainte de la contagion que ne manquerait pas d’induire la vue en votre compagnie.

Vous pouvez avoir toutes les raisons objectives d’être mal, de subir toutes les avanies du monde, c’est tant pis pour vous.

Si cela vous arrive, c’est que vous l’avez sans doute cherché. Tout le poids de notre éducation judéo-chrétienne vous rappelle que tout bonheur doit se payer chèrement et que tout pêché, même véniel, mérite les gémonies.

Inutile donc d’escompter que quiconque fasse œuvre de solidarité et s'expose d'une quelconque manière pour vous défendre.

Il y aura forcément un jour où l’on viendra vous conduire à l’abattoir et, ce jour-là, les autres ânes gênés, détourneront le regard pour que le spectacle que vous donnez ne perturbât pas leur petit confort, si chèrement acquis.

Le succès et la notoriété posthumes ne m’intéressent pas.

Je vois bien s’agiter, autour de moi, ceux qui veulent absolument que leur souvenir éphémère soit gravé dans la légende des siècles et qui, dans leurs pathétiques tentatives pour y parvenir, se pâment devant le Veau d'or. Un si petit prix à payer pour accéder à la postérité. 

Et puis, il faut imaginer Sisyphe heureux , n’est-ce pas ?

Et s’il vivait un enfer ?

Nous ne pourrions plus alors l’imaginer heureux et c’est la seule chose qui compte.

Il faut donc imaginer Sisyphe heureux.
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