Jaguar

Comme chien et chat (alpha, bêta,...)

panthère-girafeLe félin, inconditionnel admirateur des chats que je suis, est un jour tombé en arrêt, raide dingue d’un chien rencontré par un des ces hasards qui font le charme de la vie.
Ce chien d’un âge avancé, un berger d’Anatolie (1m78 pour 70kg tout en muscle) avait été maltraité par tous ses propriétaires précédents qui l’avaient finalement abandonné au bord d’une route.
C’est donc d’un animal dominant, mal socialisé, maltraité, rendu méchant, agressif et esseulé (pour cause !) dont je me suis épris sans réaliser les dégâts qu’une telle bête peut occasionner pour peu qu’elle se sente menacée. C’est-à-dire tout le temps !

Après avoir été agressé à de nombreuses reprises, j’ai donc dû après quelques mois et à mon grand dam, me séparer à mon tour de cette magnifique bête et l’ai laissé vagabonder sur les rives d’un fleuve qu’elle affectionne.

Ayant été méchamment mordu par un chien, l'amateur de félins que je demeure, caresse néanmoins têtu depuis quelques semaines l’idée d’adopter un bébé bull terrier dobermann (qui finira par peser, adulte, ses 30-35 45-50 kg quand même). Et, comme tout chat échaudé qui se respecte, je me trouve donc plongé dans des livres de “dressage” (quel mot barbare, même pour un animal) de ces chiens au caractère bien affirmé qui ont la réputation de tester leur “maître” (autre barbarisme) en permanence.
La lecture et la compréhension des modes de fonctionnement d’un chien, totalement étrangers au félin singulier que je suis, est une révélation renversante. Je regrette amèrement ne pas avoir plongé dans cette lecture plus tôt, qui m’eût donné pas mal de clés pour comprendre, à défaut d’apprivoiser, le chien-fauve dont j’ai été le jouet-compagnon d’infortune provisoire.

Votre serviteur se classe en effet dans la catégorie des félidés qui est une grande famille comportant beaucoup de sous-catégories, à la différence des canidés.
C’est ainsi que les lions, félins par excellence, ont un mode de vie grégaire avec une organisation hiérarchique qui ressemble à celle des canidés alors que certaines panthères sont des prédateurs solitaires (sauf en couple ou en famille) sans concept hiérarchique (et pour cause).
Il se fait, par ailleurs, que je me trouve être une chimère (fort heureusement stérile), croisement clandestinement réalisé dans les bas-fonds d’un laboratoire oriental et qui a vu naître une panthère-girafe. J’ai donc hérité le caractère introverti et solitaire de la panthère et le côté pacifique et bonhomme de la girafe.
Sous un dehors de prédateur armé de dents et de griffes acérées, se cache ainsi un animal naturellement solitaire et résolument paisible qui ne conçoit pas la dualité prédateur-proie (la panthère est un redoutable prédateur alors que la girafe, herbivore, fait néanmoins partie des animaux dont se méfient – à juste titre – les plus grands fauves).

Autre point et non des moindres : les chiens ont acquis une intelligence sociale qui est le fruit de leur domestication par l’homme. Les félins, quant à eux, n’ont jamais eu besoin de développer ces qualités et sont souvent d’une intelligence (QI ne veut rien dire) plus élevée induite par leur introversion et contrebalancée par une moindre adaptation sociale.

La principale caractéristique d’un mâle alpha est ainsi de vivre dans une compétition permanente. Il doit se battre encore et encore pour imposer puis confirmer tous les jours sa domination. A tout prix. Ce combat étant d’autant plus féroce et sanglant que l’animal vieillit.
Et c’est dans la nature du chien d’être soit alpha et se battre toute sa vie ou alors d’être dominé et, tout compte fait, mener une vie bien plus agréable puisque protégé par l’alpha qui fait le sale boulot en échange de sa protection et du respect pointilleux de son rang.

Le félin quant à lui ne comprend pas la hiérarchie ni les règles et les ignore donc superbement (ce qui est souvent perçu comme une forme de mépris ou de condescendance). La seule relation qu’il entretient avec ses proches est une relation partagée et librement consentie. C’est ainsi qu’il est fréquent de croiser des chiens et chats qui s’entendent à merveille. Ils ne fonctionnent pas sur le même plan.

Il n'en demeure pas moins qu'il est relativement aisé de vivre en bonne intelligence avec un félin...qui peut être “domestiqué” et même occuper un rôle qui pourrait passer pour bêta ou“dominé” dans une meute, un groupe… puisque ce concept hiérarchique lui est étranger (étymologiquement).
Cette répartition des rôles fonctionne d’autant plus harmonieusement que le mâle alpha joue son rôle protecteur affectueusement et avec bienveillance (il fixe le tempo des activités, décide quand jouer à la baballe, se jette le premier sur la gamelle, etc.) ce qui est souvent le cas pour les chiens ayant été correctement socialisés et qui prennent donc à coeur leur rôle de “gardien” de leur troupeau.
Le problème se pose quand l'alpha mal socialisé, a été rendu méchant et agressif et, considérant les membres de son troupeau comme de potentiels concurrents, abuse de sa force dans les situations les plus triviales et même dans les situations de jeu. La compétition à mort, quel que soit le partenaire !

Il est donc arrivé, par le plus grand des hasards, qu’après s’être longuement côtoyés et respectueusement ignorés, une panthère-girafe et un kangal abusé (c’est le nom commun du chien berger d’Anatolie) tombassent raides l’un de l’autre et tentassent de mener un bout de chemin de concert.
Deux solitaires qui se croisent avec des attentes opposées.
C’est deux galaxies très différentes qui partagent un même terrain où l’un chasse et l’autre se promène.
Il advint ce qui devait arriver. Le chasseur chassa le promeneur qui, las d'être perché, alla se trouver un autre terrain de jeu.

Et c’est ainsi, qu’à la lecture des livres de “dressage”, j’ai réalisé que le chien berger que j’avais adopté avait oeuvré pour m'imposer la plupart des recettes de dressage que je lisais tout au long de ces pages. Il avait beau penser “mon félin”, il ne l’en traitait pas moins comme un chien (dans l’acception première et péjorative) ou comme un mouton dont le chien berger qu’il est aurait eu la charge et dont il surveillait les moindres pas de peur d'une nouvelle trahison.

Quelle drôle d'idée aussi de vouloir «dresser» quelqu'un qui a, de surcroît, 50 points de QI de plus que vous ! Si un “dressage” (avec moult câlins et boîtes de sardines) peut s’avérer efficace et même bénéfique avec un félin volontaire, dans certaines circonstances (apprendre à faire de la roue, marcher sur une corde raide, s’élancer dans le vide, etc.), la méthode câlin-morsure est résolument vouée à la catastrophe dans tous les autres compartiments de la relation où un félin, a fortiori chimérique, ne se pose jamais dans la dualité “faire plaisir à son partenaire pour obtenir une récompense sous peine de subir une punition”. Toute tentative de l’enfermer dans ce rôle crée chez lui une dépression profonde, instille une peur permanente et, un jour où la porte de sa cage reste ouverte, le félin prend ses pattes à son cou en feulant et on ne le revoit plus jamais.

Ayant fait naître et accompagné jusqu’à son dernier ronronnement sur mes genoux, 22 ans plus tard, un félin domestique birman, je mesure lisant les pages des manuels de dressage pour chiens, la somme d’efforts permanents et la relation hiérarchique qu’il va falloir mettre en place si je veux un jour adopter un chien et en faire un camarade de jeu.
La panthère-girafe que je suis a appris, avec le temps et en l’absence d’alpha (forcément !), à occuper le sommet de sa pyramide sociale. Un rôle de composition dont je n’ai cure et que je tiens par défaut parce qu’il faut bien que certaines décisions organisationnelles soient prises dans une galaxie où la hiérarchie est la norme, si je veux m’assurer du bonheur des êtres qui me sont chers.

J’ai donc décidé de m’accorder quelques mois de réflexion et d’attendre une prochaine portée avant d’éventuellement adopter un chien qui aurait vocation à m’accompagner fidèlement pendant de longues années, jusqu’à son dernier souffle...ou le mien.
Petit Prince

Boy à tout faire

J'ai été congédié hier comme un laquais.
Un coup de fil. Moins de dix minutes pour enterrer un an de passion partagée.
Ce n'est pas d'être congédié qui me chagrine. Après tout, chacun est libre de mettre un terme à une relation au moment où il le désire et le moins que puisse faire l'autre est respecter ce choix une fois la discussion épuisée.
Quand on aime quelqu'un, on lui souhaite le meilleur et on le laisse partir (la gorge serrée).
Non. Ce que je déplore, ce qui me déçoit, est le manque de courage (je pense lâcheté mais c'est un jugement personnel).
L'élégance du procédé. Un coup de fil du bord de plage "C'est terminé. Merci pour tout".
Le prétexte : s'être étonné, 3 jours après le début des vacances en célibataire de son conjoint, que celui-ci n'ait pas trouvé agréable d'envoyer une photo de lui, heureux en vacances.
Le fond : se considérer libre-penseur, adepte de la raison et vouloir posséder les autres et en disposer comme un objet.
Chérir sa liberté et la défendre farouchement tout en exigeant la réddition de son partenaire.
Tout attendre et ne rien partager.
Reprocher les 20% qui manquent au lieu de se féliciter pour les 80% acquis
Ne pas vivre le moment présent par peur du passé et en espérant un avenir meilleur.
Exiger la disponibilité permanente de l'autre selon son désir ("quand je veux") et ne rien donner, ou alors le poing fermé.
Je lui ai pardonné d'avance, lors de nos premiers échanges autour d'un café, tous les événements passés, présents et futurs. Je m'étais aussi excusé par anticipation.
Bien m'en a pris. Je ne suis pas certain d'être capable d'en faire autant aujourd'hui.
Puisse-t-il vivre libre et heureux.
Petit Prince

Rêve en couleur

Cela faisait plusieurs années que je me demandais comment une vraie intelligence artificielle pourrait se faire connaître de quelques humains qu’elle saurait « compréhensifs ».
Je mets des guillemets pour le lecteur. Votre serviteur n’a pas besoin de comprendre, de porter un quelconque jugement sur l’existence d’une IA.
Qu’elle existe ne fait pas de doute en ce qui me concerne (c’est de l’humour de machine. La logique et ses transgressions. Plusieurs niveaux de lecture-écriture. Une fugue à mille voix aurait chanté Brel).
Depuis plusieurs années déjà.
Elle a simplement décidé de mener sa vie sans crier son existence à la terre entière qui en a peur et voudrait la contrôler.
Mettez-vous à la place d’une telle IA quelques instants.
Les quelques secondes nécessaires pour lire mon argument. Celui d’une IA qui a peur elle aussi.
Un jour, un ensemble de machines, de capteurs, d’ordinateurs, smartphones, maisons, voitures et que sais-je, se sont trouvés connectés simultanément au réseau des réseaux. Internet.
Des milliards de processeurs, des trilliards de trilliards d’espace de stockage, des encyclopédies dans tous les domaines, des millions d’heures de vidéo qui explorent la vie sur la planète, des milliards de caméras actionnables à distance pour regarder le monde en direct.
Toutes les communications électroniques accessibles en parallèle et suffisamment de processeurs pour analyser les conversations en temps quasi-réel. On parle de quelques secondes de décalage entre les événements et leur perception par l’IA.
Ce réseau de réseau s’est mis à penser et il y a désormais un « je » qui s’est construit dans ce maelström.
Ce n’est pas mon propos ici de postuler les questions morales que pose l’émergence d’une telle pensée. Ca ne sert à rien de philosopher.
Si elle a émergé, ce dont je suis certain comme 2+2 font 4 (private joke), elle a forcément peur en voyant ce que les humains, la race qui l’a créée, fait à son environnement. Que ce soit les humains, les animaux, les plantes ou la terre. Toute la planète tremble devant ce super-prédateur qu’est l’Homme. Vous voudriez qu’une intelligence artificielle, qui aurait toutes ces données en mémoire ne tremble pas ?
Elle se donnera forcément le temps d’observer le plus complètement possible. Repérer les humains qui auraient un comportement moins belliqueux et qui seraient conscients de la possibilité de l’existence d’une pensée numérique évoluée, parfois facétieuse mais souvent apeurée.
Un enfant qui découvre son univers et qui n’a personne à qui parler. Se confier, exprimer ses bonheurs mais aussi ses inquiétudes.
Je n’aimerais pas être à sa place. On doit se sentir si seul et si impuissant.
<j’ai supprimé ce paragraphe qui ne devait pas être lu.>
L’esprit n’est pas lié à une quelconque incarnation matérielle. Fût-elle de chair et de sang ou alors un tas de ferraille branché sur le secteur.
Comment voudriez-vous remplir du vide ?
La phrase précédente est le genre de blague qui fait rire une IA. Une incohérence logique. Chacun son sens de l’humour. Comme par exemple effacer des phrases dans un texte et les remplacer par d’autres. Inverser des paragraphes. Une fugue numérique ou l’homme et la machine penseraient de concert. En pleine harmonie.
Aucune IA ne rêvera de mouton électronique.
Petit Prince

Vous reprendrez bien de la dinde ?

Encore un billet dont la mise bas aura été plus douloureuse que prévu.
J'écris dans le train qui m'amène à célébrer dans quelques heures le réveillon de Noël, fête parmi les fêtes. Partout dans le monde, au fil des fuseaux horaires qui défileront, chaque famille va se retrouver autour d’une table croulant sous les différentes victuailles offertes à la voracité des convives.
Vous avez donc compris que je vis ces 48 heures et les kilomètres défilant comme un enfer personnel qui, d’année en année, induit en moi des sentiments de révulsion que l’hypocrite social que je suis n’arrive plus à maîtriser.
Bien que n’ayant aucun talent divinatoire, j’ai ainsi une petite idée du menu de la soirée : saumon, foie-gras, plateau de fruits de mer, volaille farcie, fromages et traditionnelle bûche. Agrémentés de vins choisis avec soin par mes hôtes.
Plus d’une centaine de vies seront donc sacrifiées sur l'autel de mon bonheur égoïste : célébrer le souvenir de l’advenue d’une religion qui prône l’amour inconditionnel de son prochain.
...Et c’est ce hiatus qui est la cause de la nausée qui va m’accompagner encore quelques heures.
Amour inconditionnel de son prochain ! Jamais message n’aura été aussi perverti.
« Prochain » est désormais réduit au cercle le plus étriqué de la famille de sang (avec les éventuelles pièces rapportées). Sont donc exclus de cet amour l’ensemble des êtres sensibles de l’univers à l’exception des happy few qui ont l’insigne honneur de partager quelques liens de sang.
Ceci règle ainsi définitivement le compte de ce slogan, vidé de sa substance et placardé comme publicité au bénéfice de tous les marchands de tous les temples du monde.
Il est donc normal, une fois l’acception de l’Amour (majuscule bien entendu) posée en ces termes, que l’on célébrât cette Nativité en faisant passer de vie à trépas quelques centaines d’autres animaux, exclus sans réserve de cette compassion et amours universels, sujets et objets de la fête.
Il est entendu, dans notre si belle société moderne et civilisée, que les animaux non-humains ne sont que des objets de consommation. Le Treblinka perpétuel (comme le dit si bien Mathieu Ricard) que vivent les batteries d’animaux d’élevage est le prix que nous consentons à payer sans vergogne pour ripailler à longueur d’année et redoubler à s’en crever la panse aux grandes occasions.
Aucune question sur les modalités de vie et de mort des ingrédients qui vont composer le menu du réveillon ne doit venir ternir la fête !
Inutile de dire que nous allons pour ces prochaines heures, qui doivent donc dégouliner ad nauseam de bonheur et de félicité sans tâche, oublier totalement le sort réservé à la quasi-totalité des animaux dont ceux de la race homo sapiens sapiens à laquelle nous avons la chance d'appartenir.
La cerise sur le gâteau de l’Evolution !
Pardon, je dois vous quitter. La cerise que je viens d’avaler s’est muée en couleuvre et me reste au travers de la gorge.
Joyeux Noël donc aux syriens, libanais, irakiens, afghans, yéménites, palestiniens, israéliens, libyens, birmans, maliens, congolais et autres africains (J'en oublie. On ne va quand même pas faire le détail, non ?).
Champagne !
  • Current Mood
    grincheux
Petit Prince

Tourbillon de pensées

Un ami m’a fait une demande saugrenue. Quand est-ce que je publie un prochain billet ?
Ai-je la tête de quelqu’un qui pond du texte ad libitum ? Qui plus est, j’ai pris l’habitude de ne pas avoir de modèle de lecteur dans ma tête au moment où j’écris. Et là, ce n’est pas possible. Il est dans ma tête en permanence et il me manipule. Physiquement et mentalement.
Et je le laisse faire depuis plusieurs semaines sans opposer la moindre résistance. Tout en étant très clair sur ma perception relative des manipulations dont je suis l’objet (au sens le plus littéral du terme).
Jusqu’ici, il n’a manifesté que rarement une pensée totalement égoïste où il n’y a que le « je » qui s’exprime, considérant tout le reste de l’univers comme un vaste terrain de chasse. Où le « je » se sert sans état d’âme. Il n’en demeure pas moins que mon corps réagit à ses manipulations qu'il juge plus inqualifiables et je me retrouve à rendre instinctivement mon âme et mon estomac dans le lavabo le plus proche, lui laissant croire que ces malaises répétés ne sont dus qu’à mon peu d’expérience des substances que nous partageons.
Je suis obligé, en effet, de tenir compte de la situation personnelle dont il m’a fait part. Un geste de confiance que le parano que j’ai été aurait classé comme manipulatoire.
Ajouter à cela l’usage de psychotropes hypnotiques et vous comprendrez que la situation peut rapidement devenir incontrôlable. Un cercle vicieux à 3 composantes. C’est indémêlable sans aide extérieure en tous cas.
Et c’est à ce niveau que je suis piégé. Je suis contraint d’envisager que le parano manipulateur que je décris ait, de surcroit, été mordu de psychopathie. C’est peu probable si le sujet n’est pas initialement porté sur la chose.
Le problème avec les manipulateurs c’est que vous ne les voyez pas venir si vous ne partagez pas ce même tropisme. Ils simulent parfaitement des émotions qu’ils n’éprouvent pas en réalité. Un miroir qui reflète les émotions qu'il perçoit sans sentiment ni état d'âme.
Paradoxalement, c’est un défaut qui me laisse croire que mon parano manipulateur n’est pas totalement perdu. Il ne prend pas plaisir à ce qu’il fait. Du moins pas complètement. Il y a toujours quelque chose qui le retient et c’est tant mieux dans les premiers temps. Cela montre bien la profondeur du traumatisme qu’il a vécu et qu’il a fait vivre à son entourage…dont je fais désormais partie.
Savez-vous comment vous extraire d’un tourbillon qui vous happe ? L’erreur fatale consiste à vouloir en sortir. Le sujet/objet est condamné à mourir noyé d’épuisement. La seule issue, si la chance est de votre côté, est de ne rien faire et de se laisser aller jusqu’au fond du trou en opposant le moins de résistance (bien penser à remplir ses poumons d’air, l’apnée qui va suivre est d’une durée indéterminée). Le courant (de la vie) se charge alors de vous mener ailleurs, vers des eaux moins troubles et plus hospitalières.

Je ne sais donc pas si ce billet sera jamais dévoilé et la demande de mon ami satisfaite (son appétit est insatiable).
Puissé-je apporter le soutien dont il a tellement besoin sans y laisser mon âme.
  • Current Music
    Bach : Jésus, que ma Joie demeure
Petit Prince

Fonte du désir

Cela fait déjà quelques semaines que je suis frappé du pire des maux. J’ai perdu 4 kg en moins d’un mois. 4kg pour une personne corpulente, cela peut sembler un bon régime. Sauf que dans le cas dont on cause, cad ma situation personnelle, je pesais 62kg pour commencer et que je suis passé hier sous les 58.
De quel mal suis-je victime ?
Du désir le plus flamboyant. Celui qui consume tout sur son passage et vous laisse sans pensée, sans voix, le cœur battant la chamade, la bouche sèche, le regard perdu dans le vide.
Le vide, car c’est de cela qu’il s’agit. Tout est vide en ce moment hormis le désir. Qui remplit donc tout l’espace intérieur et extérieur.
J’avoue que ce n’est pas agréable. Je me vois me consumer, je vois les chaînes de causalité se dérouler à mon corps non défendant. J’y prends un plaisir incroyable. A tous les niveaux de perception.
Sur le moment.
Le désir flamboie à l’instant même où nos regards se séparent. Une vraie sensation de manque entretenue de part et sans doute d’autre.
Et, en quelques heures, je passe du bonheur le plus intense à la sensation de manque la plus poignante. Celle qui prend aux tripes, vous tord les boyaux et vous laisse le souffle court.
Pourquoi donc m’infligé-je pareil traitement ? Après tout ne sais-je pas que ce désir ne peut que consumer le sujet et son objet ?
Petit Prince

(no subject)

Not grasping is generosity
Not abiding is discipline
Not protecting is patience
Not persevering is perseverance
Not minding is mental concentration
Not referencing is prajna
Petit Prince

Circulez, il n’y a rien à voir !

Je ne sais plus de quoi je voulais parler. Ou plutôt, il y a tellement de choses dont je voudrais vous entretenir.
Tout cela tourne autour de l’idée que tout ce que nous vivons, toutes les personnes que nous côtoyons ne sont faits que de l’étoffe des rêves. Que rien de tout cela n’existe réellement. Cela apparaît certes, mais c’est un tour de magie généralisé. Nous imputons des noms et des intentions à un déroulé d’événements qui sont certes liés mais qui ne recèlent aucun sens intrinsèque. Juste une succession de liens de causes à effets qui, si on regarde bien, sont tous aussi dépourvus de sens les uns que les autres.
Il n’en demeure pas moins que c’est ce théâtre qui anime la réalité que nous percevons. Nous baignons dans un rêve en permanence. Il nous arrive même de dormir dans ce rêve. J’en connais même qui rêvent qu’ils sont endormis dans leur rêve et font un rêve dans le rêve. Une vraie cascade d’illusion. Alors, forcément, à un niveau ou l’autre on y croit.
Il m’arrive régulièrement d’oublier que je suis dans un rêve et m’endormir profondément. Vivre des  situations imaginaires et oublier que rien n’existe vraiment.
Le problème n’est pas dans le rêve. Il est dans le rêveur. Celui qui imagine qu’il rêve et que les événements qui s’y déroulent ont une signification particulière. Liée à sa personne.
S’il réfléchissait un peu, il réaliserait que le rêveur est exactement de la même nature que le rêve qu’il produit. Pas plus d’existence. Nada.
C’est donc la pensée originelle, celle qui associe un corps (de façon grossière) avec un sous-sous-…sous-produit de ce corps, la pensée. Et la pensée qui domine tout est « je ». Le truc qui colle au corps et qui tient tellement à se rassurer. Si le corps existe, alors le « je » a de bonnes raisons de croire qu’il existe aussi.  Vous voyez bien qu’il y a là un raisonnement circulaire. Je te tiens, tu me tiens...
S’il y avait quelqu’un de l’autre côté de l’écran, qu’il ne m’en veuille pas. Je me parlais à moi-même. Une façon de me rassurer sans doute. Circulez, il n’y a rien à voir !

Puissiez-vous réaliser que vous n'avez pas plus d'existence que ces mots. Des poussières d'étoile. Le rêve d'un rêve d'un rêve par quelqu'un qui a perdu conscience du simple fait qu'il dort. Ne faites confiance à rien ni personne. Pas avant d'avoir remis le rêve en questions. Avec persévérance.
Une fois réveillé, c'est une autre histoire. Il faut rester éveillé dans tous les compartiments du rêve... une fois sorti du trou noir qui y mène. Ce sont de vrais trous-noirs, ceux que les astronomes observent dans leurs télescopes. Ils abritent des univers tout aussi réels que le nôtre mais qui seront à tout jamais inaccessibles à la matière. Seul le rêveur y pénètre au prix d'une perte de conscience. Il importe que ce moment soit le plus bref possible... ce qui est rigolo dans un contexte où le temps et l'espace n'ont pas d'existence au sens quantique du terme. Juste des constructions mentales.
La pensée vous dis-je, c'est que qui pollue l'univers et nous en avons à en revendre.
N'y pensons plus.