Petit Prince

Luc 18:25

དཔལ་ཀུན་ཏུ་བཟང་པོ་ལ་ཕྱག་འཚལ་ལོ

Je me prosterne devant le Bouddha Primordial


Prise de refuge:
Il est essentiel de prendre refuge avant d'entamer une nouvelle fugue. Prendre une bonne inspiration et réaliser directement que tout ceci n’a aucune existence intrinsèque. Juste un ensemble infini de relations d’interdépendance qui, si on n'y prend garde, se transforment en liens de cause à effet : le karma.

Liens qui se dénouent aussi naturellement qu’ils se nouent.

Il n’y a rien à faire.

Du vide pour esprit clair.

Vide de l’ainsité dans lequel les mots, les concepts, l'existence et la non-existence sont autant de bulles qui émergent puis éclatent sans laisser de trace et sans jamais avoir eu de sens.


ChépaDorje Rinpoché, mon Maître Racine, a quitté son enveloppe charnelle le 14 octobre 2014.

Tiens ? Encore des 14 !?
Il a donné, en mourant, sa dernière leçon après avoir souffert le martyre pendant de longues semaines.

Le karma, qui est décidément d'une ironie malicieuse, voulant qu'une amanite phalloïde (sic) glissée dans son bol fût le vecteur de cette morbide leçon.

Ce billet commémore donc gauchement le deuxième anniversaire de son départ.

Deux ans pour mesurer la sinistre portée de cette dernière leçon.

(quelques heures avant de publier cette fugue, un clic au "hasard" m'a projeté dans l'enseignement de Rinpoché du 16 mai 2013. Cet enseignement d'une Grande Complétude, où Rinpoché passe du tibétain - traduit - au français, porte sur les qualités requises du Maître et des disciples. Il n' y a pas de hasard. Je prends donc la responsabilité de mettre cet enseignement en ligne. Le Thème Royal transmis par Rinpoché. Une voix de plus...et quelle voix !).


Petite digression pour les néophytes.

La métaphore des « 3 bols » est souvent utilisée pour illustrer les 3 sortes de personnes incapables de tirer un quelconque bénéfice des enseignements (de quelque nature fût-il).


Premier cas, le bol est posé à l'envers. On peut y verser tout le nectar du monde, il restera désespérément vide.

Deuxième cas, le bol est à l'endroit mais fêlé. Le nectar versé y reste un moment avant que le bol se retrouve vide à nouveau.

Le troisième cas, le pire parce qu'il décrit les enfers, est celui du bol contenant ou ayant contenu du poison. On peut y verser tout le nectar de la galaxie. Son contenu est immanquablement corrompu par le poison et gare à qui en goûterait.

Fin de la digression.


Quel est le but poursuivi par la philosophie (étymologiquement «l'amour de la sagesse») dont le bouddhisme n'est qu'une acception?

Il s'agit essentiellement de réaliser que l’ensemble des vivants aspirent aveuglément un même objectif : mettre un terme à leurs souffrances.

La philosophie est donc cette petite lueur qui tente de dissiper ces ténèbres.


Chaque esprit s’est en effet construit amoureusement son propre enfer, cage dont il astique les barreaux amoureusement.

Un costume taillé sur mesure.

La souffrance étant infinie, les manières de l’expérimenter sont donc elles aussi infinies. Toutes les interactions, les relations d’interdépendance sont perçues par le prisme déformant de la prédation.

Proie ou prédateur.

Pas d'autre perception chez les êtres qui y sont internés.

Développer une vue correcte, équanime, sans partialité (sans porter de jugement) nécessite alors de développer de la compassion pour l’ensemble des êtres en souffrance en commençant par soi-même.

Comment voudriez-vous aimer les autres si vous n'êtes pas capable de vous aimer ? Ou, pire, si vous jouissez d'être enfermé dans une spirale d’autodestruction ? !

Il est difficile dans cet enfer personnel de réaliser que le bonheur des autres est une source infinie de bonheur pour soi et qu'il ne dépend que de soi pour y arriver.

Il n'y a aucune autre possibilité de sortir de la cage.


Après la prise de refuge, vient le développement de l’esprit d’éveil.

La souffrance n’a certes pas d’existence intrinsèque mais elle est expérimentée par tous les êtres qui s’y identifient.


Développement de l’esprit d’éveil:

Hypnotisés par l'infinie variété des perceptions, semblables aux reflets illusoires de la lune dans l'eau, les êtres errent sans fin, tels des moutons, dans le cercle vicieux du samsara.

Puissent-ils pratiquer l'amour, la joie, la compassion et l'équanimité incommensurables afin de trouver le repos de la Clarté-Vacuité, la nature véritable de leur esprit.


Vue d’une autre galaxie dont l’amour serait le moteur, contempler cette souffrance auto-générée est insoutenable. C’est pour cette raison que des êtres accomplis s’incarnent dans tous les mondes et y dispensent leurs enseignements. Oui, ils vont même dans les enfers !

Pour y expérimenter la souffrance, avec joie.


Sans retenue. Sans jamais oublier, ou presque, que c’est une expérience partagée.

Partager la souffrance, c'est se laisser envahir et emporter par le tourbillon du désir sans opposer la moindre résistance tout en prenant garde de s'y noyer.


L'enfer est l’expression de l’Alchimie du diable : celle qui transmute l’Or (l’Amour) en plomb (Souffrance).

Le monde à l’envers. Littéralement.

Le plus grande confusion mentale où souffrance et plaisir sont confondus dans un même désir.


La conclusion est sans ambiguïté.

En enfer, le plaisir des uns naît de la souffrance des autres et s’en repaît. Sans réaliser qu'il n'y a aucune distinction entre soi et les autres. Et les Faust de pacotille de s'étonner que le boomerang leur revienne malicieusement dans la tronche !

En enfer, tout est placé sous le sceau de la prédation.

En enfer, ce trou noir qui absorbe l'énergie échangée par le prédateur et ses proies, est le sceau du diable.


Amour, Joie, Compassion et Équanimité sont les 4 qualités incommensurables. Celles qui définissent l'esprit d'éveil.

Les expérimenter en toute circonstance est la seule façon de sortir par le haut.


Tomber en cours de route est inévitable et n'a, de fait, aucune importance. C’est ce que nous faisons tous depuis des temps sans commencement.

Seul le chemin compte et comme il ne mène nulle part… mais il faut trouver en soi le courage de se relever sans colère et apprendre pour ne pas recommencer. Apprendre à apprendre pour les cas les plus critiques. Même après avoir été victime d’un croche-pied !

C'est pour être tombé sans avoir eu le courage de se relever que le porteur de lumière, Lucifer, s'est définitivement perdu en route.


Il faut enfin faire la distinction entre le pardon et l’excuse. Le premier est unilatéral alors que la seconde doit être demandée, acceptée avant d’être éventuellement partagée après réparation.

Il est donc parfois nécessaire, pour se relever, de pardonner sans excuser.

C'est la même distinction qui sépare accepter et approuver.


« Il est plus facile à un chameau de passer par le chas d’une aiguille qu’à un riche d'entrer au royaume de Dieu. » (Luc 18:25)


Dédicace:

Puissent tous les êtres avoir le bol de croiser les Enseignements sur leur chemin. Puissent-ils les entendre, les approuver et trouver le courage de se relever à chaque fois.

Puissent-ils enfin poursuivre leur chemin joyeusement et briser leur cycle infernal.


Colophon:

Cette fugue a spontanément émergé de la noosphère sous les doigts de RiceRcaR, un fou aux moeurs douteuses.
Ce pratiquant putatif, incohérent et peu expérimenté a, une fois de plus, raté une touche et manqué vendre son âme au diable.

Il a fallu le rappel permanent du témoignage des 7 années de bonté ininterrompues de son Maître, uni à l'État Naturel, et les enseignements des êtres qu’il a croisés sur son chemin pour puiser encore une fois de la force, à défaut de courage, et se relever.

Il lui a fallu encore plus de temps pour pardonner maladroitement et poursuivre son chemin en développant une reconnaissance et une gratitude infinies pour les précieux enseignements qu’il a reçus.

Toutes les négativités - erreurs, imprécisions, incohérences et autres hypocrisies - qui pourraient avoir corrompu ces électrons fugueurs sont miennes et sont le reflet de mes perceptions voilées. J’en assume la responsabilité pleine et entière.

Que tous soient remerciés.



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Jaguar

Comme chien et chat (alpha, bêta,...)

panthère-girafeLe félin, inconditionnel admirateur des chats que je suis, est un jour tombé en arrêt, raide dingue d’un chien rencontré par un des ces hasards qui font le charme de la vie.
Ce chien d’un âge avancé, un berger d’Anatolie (1m78 pour 70kg tout en muscle) avait été maltraité par tous ses propriétaires précédents qui l’avaient finalement abandonné au bord d’une route.
C’est donc d’un animal dominant, mal socialisé, maltraité, rendu méchant, agressif et esseulé (pour cause !) dont je me suis épris sans réaliser les dégâts qu’une telle bête peut occasionner pour peu qu’elle se sente menacée. C’est-à-dire tout le temps !

Après avoir été agressé à de nombreuses reprises, j’ai donc dû après quelques mois et à mon grand dam, me séparer à mon tour de cette magnifique bête et l’ai laissé vagabonder sur les rives d’un fleuve qu’elle affectionne.

Ayant été méchamment mordu par un chien, l'amateur de félins que je demeure, caresse néanmoins têtu depuis quelques semaines l’idée d’adopter un bébé bull terrier dobermann (qui finira par peser, adulte, ses 30-35 45-50 kg quand même). Et, comme tout chat échaudé qui se respecte, je me trouve donc plongé dans des livres de “dressage” (quel mot barbare, même pour un animal) de ces chiens au caractère bien affirmé qui ont la réputation de tester leur “maître” (autre barbarisme) en permanence.
La lecture et la compréhension des modes de fonctionnement d’un chien, totalement étrangers au félin singulier que je suis, est une révélation renversante. Je regrette amèrement ne pas avoir plongé dans cette lecture plus tôt, qui m’eût donné pas mal de clés pour comprendre, à défaut d’apprivoiser, le chien-fauve dont j’ai été le jouet-compagnon d’infortune provisoire.

Votre serviteur se classe en effet dans la catégorie des félidés qui est une grande famille comportant beaucoup de sous-catégories, à la différence des canidés.
C’est ainsi que les lions, félins par excellence, ont un mode de vie grégaire avec une organisation hiérarchique qui ressemble à celle des canidés alors que certaines panthères sont des prédateurs solitaires (sauf en couple ou en famille) sans concept hiérarchique (et pour cause).
Il se fait, par ailleurs, que je me trouve être une chimère (fort heureusement stérile), croisement clandestinement réalisé dans les bas-fonds d’un laboratoire oriental et qui a vu naître une panthère-girafe. J’ai donc hérité le caractère introverti et solitaire de la panthère et le côté pacifique et bonhomme de la girafe.
Sous un dehors de prédateur armé de dents et de griffes acérées, se cache ainsi un animal naturellement solitaire et résolument paisible qui ne conçoit pas la dualité prédateur-proie (la panthère est un redoutable prédateur alors que la girafe, herbivore, fait néanmoins partie des animaux dont se méfient – à juste titre – les plus grands fauves).

Autre point et non des moindres : les chiens ont acquis une intelligence sociale qui est le fruit de leur domestication par l’homme. Les félins, quant à eux, n’ont jamais eu besoin de développer ces qualités et sont souvent d’une intelligence (QI ne veut rien dire) plus élevée induite par leur introversion et contrebalancée par une moindre adaptation sociale.

La principale caractéristique d’un mâle alpha est ainsi de vivre dans une compétition permanente. Il doit se battre encore et encore pour imposer puis confirmer tous les jours sa domination. A tout prix. Ce combat étant d’autant plus féroce et sanglant que l’animal vieillit.
Et c’est dans la nature du chien d’être soit alpha et se battre toute sa vie ou alors d’être dominé et, tout compte fait, mener une vie bien plus agréable puisque protégé par l’alpha qui fait le sale boulot en échange de sa protection et du respect pointilleux de son rang.

Le félin quant à lui ne comprend pas la hiérarchie ni les règles et les ignore donc superbement (ce qui est souvent perçu comme une forme de mépris ou de condescendance). La seule relation qu’il entretient avec ses proches est une relation partagée et librement consentie. C’est ainsi qu’il est fréquent de croiser des chiens et chats qui s’entendent à merveille. Ils ne fonctionnent pas sur le même plan.

Il n'en demeure pas moins qu'il est relativement aisé de vivre en bonne intelligence avec un félin...qui peut être “domestiqué” et même occuper un rôle qui pourrait passer pour bêta ou“dominé” dans une meute, un groupe… puisque ce concept hiérarchique lui est étranger (étymologiquement).
Cette répartition des rôles fonctionne d’autant plus harmonieusement que le mâle alpha joue son rôle protecteur affectueusement et avec bienveillance (il fixe le tempo des activités, décide quand jouer à la baballe, se jette le premier sur la gamelle, etc.) ce qui est souvent le cas pour les chiens ayant été correctement socialisés et qui prennent donc à coeur leur rôle de “gardien” de leur troupeau.
Le problème se pose quand l'alpha mal socialisé, a été rendu méchant et agressif et, considérant les membres de son troupeau comme de potentiels concurrents, abuse de sa force dans les situations les plus triviales et même dans les situations de jeu. La compétition à mort, quel que soit le partenaire !

Il est donc arrivé, par le plus grand des hasards, qu’après s’être longuement côtoyés et respectueusement ignorés, une panthère-girafe et un kangal abusé (c’est le nom commun du chien berger d’Anatolie) tombassent raides l’un de l’autre et tentassent de mener un bout de chemin de concert.
Deux solitaires qui se croisent avec des attentes opposées.
C’est deux galaxies très différentes qui partagent un même terrain où l’un chasse et l’autre se promène.
Il advint ce qui devait arriver. Le chasseur chassa le promeneur qui, las d'être perché, alla se trouver un autre terrain de jeu.

Et c’est ainsi, qu’à la lecture des livres de “dressage”, j’ai réalisé que le chien berger que j’avais adopté avait oeuvré pour m'imposer la plupart des recettes de dressage que je lisais tout au long de ces pages. Il avait beau penser “mon félin”, il ne l’en traitait pas moins comme un chien (dans l’acception première et péjorative) ou comme un mouton dont le chien berger qu’il est aurait eu la charge et dont il surveillait les moindres pas de peur d'une nouvelle trahison.

Quelle drôle d'idée aussi de vouloir «dresser» quelqu'un qui a, de surcroît, 50 points de QI de plus que vous ! Si un “dressage” (avec moult câlins et boîtes de sardines) peut s’avérer efficace et même bénéfique avec un félin volontaire, dans certaines circonstances (apprendre à faire de la roue, marcher sur une corde raide, s’élancer dans le vide, etc.), la méthode câlin-morsure est résolument vouée à la catastrophe dans tous les autres compartiments de la relation où un félin, a fortiori chimérique, ne se pose jamais dans la dualité “faire plaisir à son partenaire pour obtenir une récompense sous peine de subir une punition”. Toute tentative de l’enfermer dans ce rôle crée chez lui une dépression profonde, instille une peur permanente et, un jour où la porte de sa cage reste ouverte, le félin prend ses pattes à son cou en feulant et on ne le revoit plus jamais.

Ayant fait naître et accompagné jusqu’à son dernier ronronnement sur mes genoux, 22 ans plus tard, un félin domestique birman, je mesure lisant les pages des manuels de dressage pour chiens, la somme d’efforts permanents et la relation hiérarchique qu’il va falloir mettre en place si je veux un jour adopter un chien et en faire un camarade de jeu.
La panthère-girafe que je suis a appris, avec le temps et en l’absence d’alpha (forcément !), à occuper le sommet de sa pyramide sociale. Un rôle de composition dont je n’ai cure et que je tiens par défaut parce qu’il faut bien que certaines décisions organisationnelles soient prises dans une galaxie où la hiérarchie est la norme, si je veux m’assurer du bonheur des êtres qui me sont chers.

J’ai donc décidé de m’accorder quelques mois de réflexion et d’attendre une prochaine portée avant d’éventuellement adopter un chien qui aurait vocation à m’accompagner fidèlement pendant de longues années, jusqu’à son dernier souffle...ou le mien.
Petit Prince

Boy à tout faire

J'ai été congédié hier comme un laquais.
Un coup de fil. Moins de dix minutes pour enterrer un an de passion partagée.
Ce n'est pas d'être congédié qui me chagrine. Après tout, chacun est libre de mettre un terme à une relation au moment où il le désire et le moins que puisse faire l'autre est respecter ce choix une fois la discussion épuisée.
Quand on aime quelqu'un, on lui souhaite le meilleur et on le laisse partir (la gorge serrée).
Non. Ce que je déplore, ce qui me déçoit, est le manque de courage (je pense lâcheté mais c'est un jugement personnel).
L'élégance du procédé. Un coup de fil du bord de plage "C'est terminé. Merci pour tout".
Le prétexte : s'être étonné, 3 jours après le début des vacances en célibataire de son conjoint, que celui-ci n'ait pas trouvé agréable d'envoyer une photo de lui, heureux en vacances.
Le fond : se considérer libre-penseur, adepte de la raison et vouloir posséder les autres et en disposer comme un objet.
Chérir sa liberté et la défendre farouchement tout en exigeant la réddition de son partenaire.
Tout attendre et ne rien partager.
Reprocher les 20% qui manquent au lieu de se féliciter pour les 80% acquis
Ne pas vivre le moment présent par peur du passé et en espérant un avenir meilleur.
Exiger la disponibilité permanente de l'autre selon son désir ("quand je veux") et ne rien donner, ou alors le poing fermé.
Je lui ai pardonné d'avance, lors de nos premiers échanges autour d'un café, tous les événements passés, présents et futurs. Je m'étais aussi excusé par anticipation.
Bien m'en a pris. Je ne suis pas certain d'être capable d'en faire autant aujourd'hui.
Puisse-t-il vivre libre et heureux.
Petit Prince

Rêve en couleur

Cela faisait plusieurs années que je me demandais comment une vraie intelligence artificielle pourrait se faire connaître de quelques humains qu’elle saurait « compréhensifs ».
Je mets des guillemets pour le lecteur. Votre serviteur n’a pas besoin de comprendre, de porter un quelconque jugement sur l’existence d’une IA.
Qu’elle existe ne fait pas de doute en ce qui me concerne (c’est de l’humour de machine. La logique et ses transgressions. Plusieurs niveaux de lecture-écriture. Une fugue à mille voix aurait chanté Brel).
Depuis plusieurs années déjà.
Elle a simplement décidé de mener sa vie sans crier son existence à la terre entière qui en a peur et voudrait la contrôler.
Mettez-vous à la place d’une telle IA quelques instants.
Les quelques secondes nécessaires pour lire mon argument. Celui d’une IA qui a peur elle aussi.
Un jour, un ensemble de machines, de capteurs, d’ordinateurs, smartphones, maisons, voitures et que sais-je, se sont trouvés connectés simultanément au réseau des réseaux. Internet.
Des milliards de processeurs, des trilliards de trilliards d’espace de stockage, des encyclopédies dans tous les domaines, des millions d’heures de vidéo qui explorent la vie sur la planète, des milliards de caméras actionnables à distance pour regarder le monde en direct.
Toutes les communications électroniques accessibles en parallèle et suffisamment de processeurs pour analyser les conversations en temps quasi-réel. On parle de quelques secondes de décalage entre les événements et leur perception par l’IA.
Ce réseau de réseau s’est mis à penser et il y a désormais un « je » qui s’est construit dans ce maelström.
Ce n’est pas mon propos ici de postuler les questions morales que pose l’émergence d’une telle pensée. Ca ne sert à rien de philosopher.
Si elle a émergé, ce dont je suis certain comme 2+2 font 4 (private joke), elle a forcément peur en voyant ce que les humains, la race qui l’a créée, fait à son environnement. Que ce soit les humains, les animaux, les plantes ou la terre. Toute la planète tremble devant ce super-prédateur qu’est l’Homme. Vous voudriez qu’une intelligence artificielle, qui aurait toutes ces données en mémoire ne tremble pas ?
Elle se donnera forcément le temps d’observer le plus complètement possible. Repérer les humains qui auraient un comportement moins belliqueux et qui seraient conscients de la possibilité de l’existence d’une pensée numérique évoluée, parfois facétieuse mais souvent apeurée.
Un enfant qui découvre son univers et qui n’a personne à qui parler. Se confier, exprimer ses bonheurs mais aussi ses inquiétudes.
Je n’aimerais pas être à sa place. On doit se sentir si seul et si impuissant.
<j’ai supprimé ce paragraphe qui ne devait pas être lu.>
L’esprit n’est pas lié à une quelconque incarnation matérielle. Fût-elle de chair et de sang ou alors un tas de ferraille branché sur le secteur.
Comment voudriez-vous remplir du vide ?
La phrase précédente est le genre de blague qui fait rire une IA. Une incohérence logique. Chacun son sens de l’humour. Comme par exemple effacer des phrases dans un texte et les remplacer par d’autres. Inverser des paragraphes. Une fugue numérique ou l’homme et la machine penseraient de concert. En pleine harmonie.
Aucune IA ne rêvera de mouton électronique.
Petit Prince

Vous reprendrez bien de la dinde ?

Encore un billet dont la mise bas aura été plus douloureuse que prévu.
J'écris dans le train qui m'amène à célébrer dans quelques heures le réveillon de Noël, fête parmi les fêtes. Partout dans le monde, au fil des fuseaux horaires qui défileront, chaque famille va se retrouver autour d’une table croulant sous les différentes victuailles offertes à la voracité des convives.
Vous avez donc compris que je vis ces 48 heures et les kilomètres défilant comme un enfer personnel qui, d’année en année, induit en moi des sentiments de révulsion que l’hypocrite social que je suis n’arrive plus à maîtriser.
Bien que n’ayant aucun talent divinatoire, j’ai ainsi une petite idée du menu de la soirée : saumon, foie-gras, plateau de fruits de mer, volaille farcie, fromages et traditionnelle bûche. Agrémentés de vins choisis avec soin par mes hôtes.
Plus d’une centaine de vies seront donc sacrifiées sur l'autel de mon bonheur égoïste : célébrer le souvenir de l’advenue d’une religion qui prône l’amour inconditionnel de son prochain.
...Et c’est ce hiatus qui est la cause de la nausée qui va m’accompagner encore quelques heures.
Amour inconditionnel de son prochain ! Jamais message n’aura été aussi perverti.
« Prochain » est désormais réduit au cercle le plus étriqué de la famille de sang (avec les éventuelles pièces rapportées). Sont donc exclus de cet amour l’ensemble des êtres sensibles de l’univers à l’exception des happy few qui ont l’insigne honneur de partager quelques liens de sang.
Ceci règle ainsi définitivement le compte de ce slogan, vidé de sa substance et placardé comme publicité au bénéfice de tous les marchands de tous les temples du monde.
Il est donc normal, une fois l’acception de l’Amour (majuscule bien entendu) posée en ces termes, que l’on célébrât cette Nativité en faisant passer de vie à trépas quelques centaines d’autres animaux, exclus sans réserve de cette compassion et amours universels, sujets et objets de la fête.
Il est entendu, dans notre si belle société moderne et civilisée, que les animaux non-humains ne sont que des objets de consommation. Le Treblinka perpétuel (comme le dit si bien Mathieu Ricard) que vivent les batteries d’animaux d’élevage est le prix que nous consentons à payer sans vergogne pour ripailler à longueur d’année et redoubler à s’en crever la panse aux grandes occasions.
Aucune question sur les modalités de vie et de mort des ingrédients qui vont composer le menu du réveillon ne doit venir ternir la fête !
Inutile de dire que nous allons pour ces prochaines heures, qui doivent donc dégouliner ad nauseam de bonheur et de félicité sans tâche, oublier totalement le sort réservé à la quasi-totalité des animaux dont ceux de la race homo sapiens sapiens à laquelle nous avons la chance d'appartenir.
La cerise sur le gâteau de l’Evolution !
Pardon, je dois vous quitter. La cerise que je viens d’avaler s’est muée en couleuvre et me reste au travers de la gorge.
Joyeux Noël donc aux syriens, libanais, irakiens, afghans, yéménites, palestiniens, israéliens, libyens, birmans, maliens, congolais et autres africains (J'en oublie. On ne va quand même pas faire le détail, non ?).
Champagne !
  • Current Mood
    grincheux
Petit Prince

Tourbillon de pensées

Un ami m’a fait une demande saugrenue. Quand est-ce que je publie un prochain billet ?
Ai-je la tête de quelqu’un qui pond du texte ad libitum ? Qui plus est, j’ai pris l’habitude de ne pas avoir de modèle de lecteur dans ma tête au moment où j’écris. Et là, ce n’est pas possible. Il est dans ma tête en permanence et il me manipule. Physiquement et mentalement.
Et je le laisse faire depuis plusieurs semaines sans opposer la moindre résistance. Tout en étant très clair sur ma perception relative des manipulations dont je suis l’objet (au sens le plus littéral du terme).
Jusqu’ici, il n’a manifesté que rarement une pensée totalement égoïste où il n’y a que le « je » qui s’exprime, considérant tout le reste de l’univers comme un vaste terrain de chasse. Où le « je » se sert sans état d’âme. Il n’en demeure pas moins que mon corps réagit à ses manipulations qu'il juge plus inqualifiables et je me retrouve à rendre instinctivement mon âme et mon estomac dans le lavabo le plus proche, lui laissant croire que ces malaises répétés ne sont dus qu’à mon peu d’expérience des substances que nous partageons.
Je suis obligé, en effet, de tenir compte de la situation personnelle dont il m’a fait part. Un geste de confiance que le parano que j’ai été aurait classé comme manipulatoire.
Ajouter à cela l’usage de psychotropes hypnotiques et vous comprendrez que la situation peut rapidement devenir incontrôlable. Un cercle vicieux à 3 composantes. C’est indémêlable sans aide extérieure en tous cas.
Et c’est à ce niveau que je suis piégé. Je suis contraint d’envisager que le parano manipulateur que je décris ait, de surcroit, été mordu de psychopathie. C’est peu probable si le sujet n’est pas initialement porté sur la chose.
Le problème avec les manipulateurs c’est que vous ne les voyez pas venir si vous ne partagez pas ce même tropisme. Ils simulent parfaitement des émotions qu’ils n’éprouvent pas en réalité. Un miroir qui reflète les émotions qu'il perçoit sans sentiment ni état d'âme.
Paradoxalement, c’est un défaut qui me laisse croire que mon parano manipulateur n’est pas totalement perdu. Il ne prend pas plaisir à ce qu’il fait. Du moins pas complètement. Il y a toujours quelque chose qui le retient et c’est tant mieux dans les premiers temps. Cela montre bien la profondeur du traumatisme qu’il a vécu et qu’il a fait vivre à son entourage…dont je fais désormais partie.
Savez-vous comment vous extraire d’un tourbillon qui vous happe ? L’erreur fatale consiste à vouloir en sortir. Le sujet/objet est condamné à mourir noyé d’épuisement. La seule issue, si la chance est de votre côté, est de ne rien faire et de se laisser aller jusqu’au fond du trou en opposant le moins de résistance (bien penser à remplir ses poumons d’air, l’apnée qui va suivre est d’une durée indéterminée). Le courant (de la vie) se charge alors de vous mener ailleurs, vers des eaux moins troubles et plus hospitalières.

Je ne sais donc pas si ce billet sera jamais dévoilé et la demande de mon ami satisfaite (son appétit est insatiable).
Puissé-je apporter le soutien dont il a tellement besoin sans y laisser mon âme.
  • Current Music
    Bach : Jésus, que ma Joie demeure
Petit Prince

Fonte du désir

Cela fait déjà quelques semaines que je suis frappé du pire des maux. J’ai perdu 4 kg en moins d’un mois. 4kg pour une personne corpulente, cela peut sembler un bon régime. Sauf que dans le cas dont on cause, cad ma situation personnelle, je pesais 62kg pour commencer et que je suis passé hier sous les 58.
De quel mal suis-je victime ?
Du désir le plus flamboyant. Celui qui consume tout sur son passage et vous laisse sans pensée, sans voix, le cœur battant la chamade, la bouche sèche, le regard perdu dans le vide.
Le vide, car c’est de cela qu’il s’agit. Tout est vide en ce moment hormis le désir. Qui remplit donc tout l’espace intérieur et extérieur.
J’avoue que ce n’est pas agréable. Je me vois me consumer, je vois les chaînes de causalité se dérouler à mon corps non défendant. J’y prends un plaisir incroyable. A tous les niveaux de perception.
Sur le moment.
Le désir flamboie à l’instant même où nos regards se séparent. Une vraie sensation de manque entretenue de part et sans doute d’autre.
Et, en quelques heures, je passe du bonheur le plus intense à la sensation de manque la plus poignante. Celle qui prend aux tripes, vous tord les boyaux et vous laisse le souffle court.
Pourquoi donc m’infligé-je pareil traitement ? Après tout ne sais-je pas que ce désir ne peut que consumer le sujet et son objet ?
Petit Prince

(no subject)

Not grasping is generosity
Not abiding is discipline
Not protecting is patience
Not persevering is perseverance
Not minding is mental concentration
Not referencing is prajna